Le goutte à goutte européen a fait son temps ! - Le Temps Tunisie
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Jun.
24
2019

Mémoire du temps présent.. Youssef Chahed à Bruxelles…

Le goutte à goutte européen a fait son temps !

Jeudi 26 Avril 2018
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Par Khaled Guezmir

Embourbé depuis un trimestre dans la crise socio-syndicale et essuyant menace après menace de « destitution», comme quoi, c’est désormais l’UGTT qui nomme les Ministres et les Chef du Gouvernement, Youssef Chahed a traversé la mer en direction du Benelux un trio de pays traditionnellement grands amis de la Tunisie avec Bruxelles comme capitale politique et économique de l’Europe et là je dirais comme les anglais : « A change is like a holiday » (un changement c’est comme des vacances) et donc notre chef de gouvernement respire à nouveau loin de la pression tunisienne de plus en plus intenable… ! 

C’est pourtant là que se joue en grande partie l’avenir et le devenir de la Tunisie nouvelle, de son système démocratique toujours fragile par la menace terroriste et les courants rétrogrades qui opèrent dans l’underground habillés momentanément de la « cravate » civile, mais qui ne ratent jamais une occasion de rappeler au bon souvenir des Tunisiennes et des Tunisiens qu’ils n’ont pas changé d’un iota… ! 

Notre Cheikh national, grand manœuvrier et jouant sur tous les tableaux y compris, avec l’UGTT, qu’il encense à volonté, tout en appelant au travail et à l’effort, n’a pas trouvé mieux que de saluer fortement les frappes aériennes occidentales, qui ont frappé douloureusement la Syrie d’une part et d’appeler les « musulmans » de Tunisie à voter comme il se doit en faveur d’Ennahdha son parti (le plus puissant de Tunisie dit-il) plus islamiste que jamais par temps d’élections municipales.

Dommage que M. Jean-Claude Junker n’ait pas cédé sa place à M. Macron, qui aurait certainement apprécié la casse du régime syrien applaudie fortement par M. Ghannouchi !! 

Les Européens qui suivent de très près l’évolution de la Tunisie au niveau institutionnel et de la pratique politique, doivent comprendre que rien n’est fait sur la durée si l’économie ne répond pas et si la grogne sociale n’est pas apaisée pour calmer les syndicats et donner une chance aux démocrates « pro-occidentaux » en Tunisie depuis Bourguiba, de refaire leur retard sur les islamistes soutenus par la Turquie Erdoganienne, le Qatar et l’ensemble des courants wahabites et frères musulmans, qui se font plus discrets mais qui n’ont jamais rendu les armes. 

La Tunisie fait fonction de vrai labo-défi, après l’échec monumental du « printemps-hiver » arabe, en réussissant miraculeusement à instaurer une démocratie proche des valeurs occidentales, mais totalement assommée au niveau économique. 

Faut-il penser que si la Tunisie était majoritairement « chrétienne » ou « juive » elle aurait bénéficié largement d’un plan Marshall spécifique et d’aides autrement plus volumineuses que le goutte à goutte européo-américain, ce dernier d’ailleurs menaçant à nouveau de réduire l’aide (ridicule) des 4/A à notre pays depuis Master Donald Trump ! 

Beaucoup le pensent sérieusement y compris, parmi nos amis et alliés de toujours européens en grand nombre. Par conséquent l’Europe, joue la lenteur et un certain désenchantement avec la Tunisie, qui rame pratiquement seule contre vents et marées locales internes et menaces régionales externes à partir du Sahara à l’Est. 

M. Nicolas Sarkozy, à qui on peut reprocher pas mal de choses, surtout en Libye, a eu le courage de dire tout haut ce que beaucoup de leaders européens pensent tout bas : « Donnons à la Tunisie le 1/10 de ce que l’Europe a donné à la Grèce et elle s’en sortira » ! 

Ceci dit, certains vont parler de « mendicité » malvenue avec l’honneur et l’orgueil arabes, mais l’Allemagne, la grande Allemagne, elle-même, réduite à un amas de pierres en Mai 1945, a bénéficié d’une aide monumentale de l’Amérique et de l’Occident pour se relever et redevenir la première puissance économique d’Europe ! 

M. Youssef Chahed a plaidé pour un nouveau « statut » de la Tunisie avec l’Europe… pourvu qu’il soit écouté par les stratèges européens, qui peuvent en consolidant la démocratie en Tunisie éviter ou gagner bien des guerres sans tirer un seul missile, y compris celles de l’émigration ! 

Entre temps, continuons à espérer une nouvelle dynamique économique interne dans le pays  avec les bonnes prémices de la relance. Le « Front » interne est essentiel pour la crédibilité externe de la Tunisie et M. Noureddine Taboubi S.G. de l’UGTT devrait le comprendre et apaiser le pays en rappelant ses syndicats « Yaâkoubistes » à l’ordre. 

La centrale syndicale doit se réconcilier avec une opinion publique très déçues par les dépassements verbaux de certaines de ses bases, et renouer le dialogue avec le gouvernement.

D’ici 2019… c’est-à-dire demain… il fera jour ! 

K.G