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Mémoire du temps présent.. Municipales - Même dans la souffrance, il y a des choix…

Voter utile… est-ce la solution ?

Mardi 24 Avril 2018
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Par Khaled Guezmir

La morosité qui caractérise la campagne électorale pour les municipales du 6 mai prochain n’est pas le fruit du hasard. Elle reflète tout d’abord la lassitude générale de la «Politique» dont le pays a été privé du temps de «l’ancien régime», et qui a fini dans la fameuse montagne qui n’a accouché que d’une souris, sept ans après janvier 2011 !

La Révolution a ouvert les vannes de toutes les chapelles politiques et idéologiques, les unes faisant couler la Religion liquéfiée et l’overdose des prédications les plus hallucinantes à telle enseigne qu’on avait l’impression de vivre au Moyen-âge du temps des troubadours racontant les miracles de l’univers sur les places publiques. Les autres faisant miroiter au peuple tunisien que nous marchons sur un océan de pétrole, de gaz et de minéraux précieux, que les gouvernements successifs, depuis l’ère hafside se sont appropriés créant les bases de la «corruption» permanente dans ce pays ! 

Du coup, les plafonds des revendications sociales se sont élevés jusqu’au ciel, les premières pour espérer le paradis et les secondes pour espérer la justice et l’égalitarisme intégral des notions « socialo-communistes » des années 60 du siècle dernier. 

Plus de 210 partis politiques, environ 18000 associations, sans compter les «parallèles» non-déclarées et affiliées aux partis de la source, qui brassent le plus largement possible, dans toutes les cellules de la vie active, espérant un nivellement par le bas, après la faillite de la Troïka et son échec d’avoir voulu niveler par le haut. 

Résultat, plus personne ne croit aux politiciens, même porteurs de projets de société et de modèles économiques, parce qu’en sept ans, la liberté de presse aidant, la vérité s’est totalement déshabillée, pour mettre à nu tous ces amateurs et petits tâcherons politiciens, offrant leurs services et leur génie, pour édifier en Tunisie la «Cité des fins» dont rêvait Platon ou la «Cité de Dieu» dont rêvait Saint Augustin.

Des milliers de grèves et de sit-ins et ça continue. Des lycées en classes mortes et années blanches, aux services portuaires qui risquent de bloquer tous les ports de Tunisie les 26-27 et 28 avril prochains, la culture de la « grève » est en pleine expansion dans un pays réputé travailler une petite heure par jour, sans oublier Ramadan qui s’annonce pour le 14 mai, de quoi changer le plus rapidement la constitution tunisienne pour faire de la grève non pas un «Droit» mais une obligation et un «Devoir» de citoyenneté ! 

Venir après cela parler des municipalités, c’est un peu «pleurer dans la maison des larmes», comme le disait bien Ali Bey, le souverain husseinite juste après l’installation de protectorat français en Tunisie. 

Parler des routes, de l’environnement et de la propreté des villes, c’est un peu vouloir déplacer des montagnes, ou même un peuple qui a été habitué à l’indiscipline, au laisser-aller et à l’indifférence sur la «chose publique». Mais pousser l’ambition vers les finances locales, la construction d’édifices culturels, ou réaménager les sites historiques cartago-roumains, il vaut mieux en rêver, avant le cauchemar du réveil ! 

Toutes nos villes qui vont des capitales régionales aux petites cités rurales, ont besoin d’une remise à niveau totale. Des entrées de la ville, aux parkings, aux trottoirs, aux espaces verts et aux parcs publics, jusqu’aux installations sportives, les maisons de la culture et des jeunes, en arrivant aux ruines gardiennes de nos 3500 ans d’Histoire et j’en passe, tout cela et bien plus, comme les marchés municipaux, les crèches et les loisirs, demandent des profils de bosseurs et de bâtisseurs, plutôt rares dans toute cette armature politicienne que nous subissons depuis la «Révolution», et qui a infecté l’ensemble du corps social.

Je lisais, samedi matin le témoignage émouvant d’une enseignante «coincée entre la solidarité avec ses collèges qui font le grève, et la prise d’otages de ses propres élèves», telle qu’elle le ressent et qui regrette surtout, comment ses élèves arrivent désormais à croire qu’ils vont tous réussir à cause de l’année blanche. Comme quoi la valeur de l’effort et du travail serait en voie d’extinction dans ce pays depuis notre «printemps de la grève et du zèle illimitée» ! 

Maintenant il faut croire au miracle, encore une fois, de voir ces municipales se terminer «formellement» et que juste après les nouveaux idylles commenteront leur apprentissage de la vie municipale avec sérieux abnégation, et surtout réalisme volontariste. 

Reste ceux qui investissent dans ces élections pour le contrôle «totalitariste», de ce pays au nom de la religion. Ils ont malheureusement tout un boulevard, ouvert devant eux pour servir leurs sombres desseins, aidés en cela par les faux «progressistes» et les rentiers des crises sociales. 

Alors, que reste-t-il… le vote utile, bien que décrié par beaucoup de citoyens, depuis 2014.

J’avoue que c’est problématique, mais même dans la souffrance il y a des choix. Le tout c’est de peser le pour et le contre, en tenant compte de l’objectif essentiel, de sauver la Tunisie, son modèle culturel et identitaire moderniste et sa nouvelle démocratie «occidentalisée»… parce qu’il n’y en a pas d’autre mieux adaptée aux sociétés arabo-musulmanes. 

Tous ceux qui ont promis «une démocratie spécifique islamique» ont débouché sur le Soudan ou l’Iran… Alors… ! 

KG.