Hégémonisme des « Etats dans l’Etat »… et panne sèche du gouvernement ! - Le Temps Tunisie
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Hégémonisme des « Etats dans l’Etat »… et panne sèche du gouvernement !

Mercredi 14 Mars 2018
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Par Khaled Guezmir

Le pays va de plus en plus mal, un peu comme cette fatalité postrévolutionnaire qui l’a rendu ingouvernable et rendu l’Etat handicapé de toute part ! En effet, quand M. Habib Essid a quitté la Kasbah, malgré sa longue expérience dans les rouages de l’Etat,  nous pensions que l’appel à un jeune Premier ministre, Youssef Chahed, allait peut être provoquer le bon déclic avec une vision adaptée aux nouvelles réalités des temps présents. Mais, rien n’y fait, le mal semble plus profond telle cette infection majeure qui ne peut plus être traitée au calmant de l’Aspirine,  mais doit passer par la chirurgie.

Or, tout le monde redoute la chirurgie !

D’abord, le chef de l’Etat qui a bien compris depuis 2014 et même avant que  le système politique avec un régime parlementaire hybride n’est plus opérationnel  ni adapté à la Tunisie, où l’autorité de l’Etat a subi de fortes secousses telluriques avec une grande pagaille dans tous les secteurs.

Dissoudre l’Assemblée ou aller plus loin pour remodeler  le système politique par référendum s’il le faut, BCE n’a pas encore fait sa décision et veut donner une chance de survie, peut être  la dernière, avant 2019, à un système  consensuel agonisant.

Par ailleurs, le chef du gouvernement M. Chahed,  tout en essayant de réanimer  l’économie et l’investissement, a intégré  lui-même le champ, oh combien  mouvant, tels ces sables du désert,  de la « combine » politicienne, en s’appuyant  fortement sur l’UGTT avec l’espoir que celle-ci l’aiderait à calmer les revendications excessives   des bases  surchauffées depuis un certain  Hassine El Abassi, ancien secrétaire général. Rien n’y fait  encore et la centrale syndicale avec M. Noureddine Taboubi, nouveau boss  locataire  de la place Mohamed Ali, a été bien loin de maîtriser des crises essentielles qui ont frappé au cœur les finances publiques, notamment avec les grèves   du Bassin minier, du Kamour et de l’Education nationale, pour ne parler que des plus proches, dans le temps. Bien mieux, l’UGTT qui a pris un ascendant remarquable   et remarquée même par  l’Economiste londonien, sur l’Etat et le gouvernement, ne se contente plus de critiques ou de propositions discrètes  en coulisses,  mais exige elle aussi « sa part d’Etat » en demandant une recomposition du gouvernement qui peut aller jusqu’au départ du Premier ministre lui-même !

Entre temps, une quatrième  composante essentielle elle aussi, en l’occurrence  l’UTICA, a fait  une entrée fracassante sur la scène après le départ de Mme Bouchamaoui, épuisée,  avec un nouveau boss -locataire  à la cité jardin de Cité El Khadra, et la montée  de M. Samir Majoul à sa tête, avec une très grande détermination de plus en plus perceptible de ne pas se laisser faire. Que voulez-vous nos ancêtres bien aimés disaient bien : « Aâmel kif jarek walla hawel bab darek » (faites comme votre voisin… ou changer de demeure) ! Finalement,  Youssef Chahed, comme dans les fables de la Fontaine, se voit contester de toutes parts, mais pas pour les mêmes raisons. L’UGTT lui reproche « son manque d’imagination et de mordant » et l’UTICA lui reproche son alignement  presque total  sur les positions de l’UGTT, qui pousse  à la marginalisation de fait de l’UTICA depuis bientôt 7 ans.

Quant aux partis politiques il y a bien longtemps qu’ils ne pèsent plus grand-chose, parce que le Nida-Tounès, vainqueur des élections de 2014 a été « prié » de ne pas gouverner et de s’aller au nom du « tawafouk » (consensus) avec Ennahdha, qui ne rame que pour elle-même et rien d’autre.

Mieux encore, avec ce pacte  du « gouvernement d’unité nationale », même cette coalition majoritaire entre Nida et Ennahdha, s’est trouvée bien handicapée par les minorités de blocage du Machrou (projet Tunisie), de M. Mohsen Marzouk, de Afak Tounès de M. Yassine Brahim et du parti de l’Union libre de M. Slim Riahi. Le coup  de grâce est finalement venu des ondes magnétiques de l’UGTT, essentiellement et de l’UTICA,  véritables « partis » des partis !

Comment tout cela peut-il être arrangé ?! BCE se trouve  cette fois-ci confronté à des positions très conflictuelles entre « Etats dans l’Etat », où les hégémonismes défient l’Etat institutionnel et le gouvernement.

Pour ma part, tous ceux (et celles) qui lui envient  cette charge,  n’ont rien compris de ce qui les attend une fois à Carthage !

Alors,  remaniement partiel ou total… tout est possible, selon l’objectif à atteindre.

« Partiel », manière de répondre aux pressions de l’UGTT, « global », pour redistribuer les cartes avant 2019… BCE a besoin de toute sa sérénité  légendaire pour se faire une décision. Mais, quelle que soit celle-ci, elle ne peut que remettre à plus tard la véritable thérapie du système  politique qui risque d’être beaucoup plus douloureuse parce qu’elle a pris du retard.

Plus que jamais, la Tunisie a besoin « d’ordre »… or les « Etats dans l’Etat » n’aiment pas la discipline et encore moins l’ordre parce qu’elles veulent « gouverner » sans être responsables et sans rendre des comptes… Le beurre et l’argent du beurre !

Pauvre Tunisie… et dire que le temps de l’expérimentation « démocratique » n’est qu’à son début ! Attachons les ceintures !

K.G