Quelles priorités selon les députées ? - Le Temps Tunisie
Tunis Mardi 18 Septembre 2018

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Sep.
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2018

Droits des femmes et libertés 

Quelles priorités selon les députées ?

Jeudi 8 Mars 2018
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A l'instar des autres pays du monde, la Tunisie célèbre en ce 8 mars, la Journée Internationale de la Femme. La femme, un bien gros dossier au fil des années et un challenge de taille pour cette démocratie naissante, tiraillée entre forces progressistes et conservatrices. Fait-il bon d'être femme en 2018 en Tunisie ? Le combat pour un plein accès à ses droits en tant que citoyenne égale à l'homme continue-t-il toujours ? Le Temps a posé ces questions à quatre députées tunisiennes.

Quatre femmes, quatre députées et quatre visions sur la question. C'est au Parlement qui compte plus d'une soixantaine de députées, toutes orientations politiques confondues, que nous avons rencontré Hager Ben Cheikh Ahmed, indépendante pour l'interroger sur le combat que mènent les femmes depuis toujours en Tunisie. La Tunisienne jouit-elle d'assez de droits comme l'affirment certains et la lutte continue-t-elle ? Ce à quoi la députée a répondu : « Nous sommes certes chanceuses par rapport à d'autres femmes en Afrique et dans le monde arabe mais il reste beaucoup à faire. Depuis plus de six mois, nous avons voté l'adoption d'une loi contre la violence à l'égard des femmes. Malheureusement, elle n'est pas totalement appliquée. Il reste à insérer les dispositions de cette loi ainsi que la notion genre dans les politiques générales. Il faut aussi effectuer un travail sur la société pour changer graduellement les mentalités par l'éducation, l'émancipation de la société et aussi la socialisation, et incruster des valeurs d'ouverture dans la société. C’est tout un changement qui commence dès le plus jeune âge». Une vision partagée par tous les progressistes, politiques soient-ils, ou militants de la société civile, et qui s'accordent avec le point de vue de Wafa Makhlouf, élue de Nidaa Tounes qui affirme : « L'égalité entre citoyens et citoyennes doit être absolue. Le combat continue bien certainement et la femme devra continuer à lutter tant qu'elle devra se battre pour conquérir des droits qui devraient lui être acquis depuis bien longtemps. Indépendamment de la volonté politique, c'est la société arabo-musulmane dans laquelle nous vivons qui impose des limites et qui empêche l'application des lois. Il suffit de s'éloigner un peu de la capitale pour s'en apercevoir. En absence d'une autonomie financière pour les femmes, il n'est pas possible de lutter contre la violence car une femme battue sans ressources ne quittera jamais son mari violent, parce qu’elle aura peur de tomber dans la précarité la plus absolue et de ne pas pouvoir subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants. Idem pour la question de l'héritage. Même si la loi était votée, nombreuses seront celles qui n'oseront pas demander leur droit par peur ou par respect des traditions familiales, car elles estiment encore que l'homme est celui qui tient les rennes et qu’il est l'unique chef de famille. Ce n'est donc pas une question de loi mais de mentalité qui doit changer du tout au tout. »

L'héritage en question

Posant polémique depuis que la question a de nouveau été abordée en Tunisie, l'égalité dans l'héritage continue de diviser mais la Présidente de la Commission des libertés individuelles et de l'égalité, Bochra Bel Haj Hamida, députée indépendante se dit optimiste. Elle déclare à ce propos : « L'un des derniers bastions de la résistance à une parfaite égalité entre hommes et femmes reste la question de l'héritage. La question a été posée pour la première fois en 1999, lorsque j'étais à la tête de l'Association Tunisienne des Femmes Démocrates. A l'époque, c'était un sujet tabou et on rencontrait une réelle résistance tant par conviction religieuse que personne comme c'est le cas pour tout ce qui touche à l'argent. Aujourd'hui, le camp des pro-égalités est en train de s'agrandir et de plus en plus de personnes qui étaient jusque-là réticentes ont changé d'avis, ont enfin compris qu'il y a des alternatives et qu'il est possible de trouver un accord qui réponde aux attentes de la majorité. On espère faire passer ce projet de loi en août prochain à l'Assemblée et que la loi soit rapidement adoptée».

Si Bochra Bel Haj Hamida fait de l'égalité dans l'héritage un combat personnel de longue date et a hâte de voir la loi adoptée, Mehrezia Laâbidi, Députée d'Ennahdha, estime quant à elle qu'il n'y a pas urgence. Elle ajoute à ce propos : « Je tiens tout d'abord à préciser que je parle en mon nom et non en celui de mon parti qui ne s'est pas encore prononcé sur la question. Je dis que l'égalité devrait pouvoir se faire un jour, mais ce n'est pas là une priorité pour le moment. On peut ouvrir le débat et en discuter mais l'urgence aujourd'hui est d'appliquer les lois existantes qui garantissent beaucoup de droits aux femmes et celle de la lutte contre la violence mais dont la plupart des femmes ne profitent malheureusement pas. La semaine dernière dans mon gouvernorat, étant la présidente de la commission qui s'occupe du suivi de l'application de ces lois, je me suis entretenue avec des responsables de toutes les administrations et je me suis rendue compte que ni le ministère de la Santé, ni celui de l'Intérieur n'ont envoyé de représentants alors qu'ils sont les fers de lance pour l'application de ces lois. Leur personnel doit être formé en priorité pour faire face aux cas de maltraitance des femmes et doivent savoir les accueillir, les orienter et les accompagner au mieux. Les lois existantes pour protéger les femmes sont ambitieuses, mais il y a un manque flagrant de moyens pour les mettre en application. » 

Rym BENAROUS

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