Le gouvernement engage le bras-de-fer - Le Temps Tunisie
Tunis Mardi 18 Septembre 2018

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2018

Crise du phosphate

Le gouvernement engage le bras-de-fer

Mardi 6 Mars 2018
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A trop tirer sur la corde, elle casse et c’est ce qui arrive avec les contestations à outrance et les revendications « démesurées et irréalistes » des protestataires du bassin minier. Certes, le gouvernement actuel et même ses prédécesseurs ont, toujours, plié face aux revendications de toutes sortes, alors que le pays s’enfonce de plus en plus dans la crise, avec des politiciens qui avaient promis monts et merveilles, mais qui sont dans l’incapacité de redresser la barre

Un peu de compréhension de toutes les parties aurait pu permettre de trouver une issue, mais, il a fallu un  entêtement suspect à toute épreuve de la part des protestataires du bassin minier, pour que la situation dégénère davantage. Les négociations engagées par le secrétaire général-adjoint de l’Union générale du travail (UGTT) n’ont pas abouti et il a été obligé de jeter l’éponge, face à des revendications qu’il avait jugées irréalisables.

Le gouvernement de Youssef Chahed, comme ceux de ses prédécesseurs ont laissé pourrir la situation, laissant faire les protestataires et faisant, parfois, des promesses qu’ils ne s’étaient pas pressés de satisfaire.

Il est certain que le gouvernement, en l’état actuel de la situation, ne peut pas satisfaire toutes les revendications et ne peut pas accorder davantage d’emploi. Et, même, s’il pense le faire, ceux qui ne sont pas arrivés à passer les concours avec succès, vont user de tous les arguments et de toutes les allégations pour prétendre qu’ils ont été éliminés, en raison de falsifications. Cela aura pour conséquence, encore, l’impossibilité de remettre en marche l’exploitation du phosphate.

On ne doit pas oublier, aussi, cette trouvaille bien malheureuse des Sociétés de jardinage et de nettoyage où des centaines, si ce n’est des milliers, de personnes perçoivent des salaires, sans daigner faire le moindre effort, avec, en plus, des possibilités de corruption, puisque certains bénéficiaires de ces salaires ont d’autres postes… même dans l’administration publique, pour certains.

Sentant les dangers qui guettent et le cercle vicieux où il s’est embourbé, le gouvernement tente de réagir et, pour cette fois, il a trouvé la solution discutable d’engager le bras-de-fer avec les mouvements de protestation.

Un conseil ministériel restreint, présidé samedi à la Kasbah par le chef du gouvernement Youssef Chahed, a décidé de suspendre toutes les propositions d'emploi dans les centres de production de phosphate, à l'arrêt, et de geler tous les programmes de recrutement élaborés par la Compagnie de Phosphate Gafsa (CPG) ou ceux qu'elle compte entreprendre tout en suspendant les résultats des concours jusqu'à la reprise normale de la production et du transport du phosphate.

Dans un communiqué rendu public, la présidence du gouvernement indique que le conseil ministériel qui a examiné l'évolution de la situation dans le bassin minier et le dossier de développement dans le gouvernorat de Gafsa, "a chargé les parties concernées de déterminer les responsabilités et le ministre de la Justice d'entreprendre les mesures immédiates pour des poursuites judiciaires à l'encontre de tous ceux qui violent la loi et entravent délibérément la production et le transport du phosphate".

La situation a atteint le point de non-retour et, maintenant, c’est à qui fléchira le premier, surtout qu’il y va de l’intérêt supérieur du pays et du sort de plus de 35000 familles dont les salaires proviennent de ces sociétés du phosphate.

En prenant cette décision, le gouvernement court de gros risques, surtout que l’échec ne peut qu’aboutir à sa dissolution tant espérée par des parties qui ne font qu’envenimer l’atmosphère dans le pays, adviendra que pourra.

Certes, ces régions avaient longtemps souffert de l’abandon, de la marginalisation et, même de problèmes de santé… mais personne ne dispose de baguette magique pour faire disparaître ces maux, surtout si c’est aux dépens de l’avenir d’un pays.

Faouzi SNOUSSI