Une championne et des larmes - Le Temps Tunisie
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Jeunesse et performances

Une championne et des larmes

Mardi 6 Mars 2018
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Quand on se bat pour un rêve, quand on consacre sa vie à atteindre un objectif, quand on fait face aux inégalités sans broncher, quand on repousse chaque jour ses limites, quand on ne capitule pas devant le peu de moyens, on est une championne. Quand on hisse haut le drapeau de son pays et qu'on lui fait honneur lors des rendez-vous mondiaux qu'ils soient sportifs, scientifiques, culturels ou autres, on est une super championne.

Azza Besbes est une super championne ayant remporté la médaille d'argent lors du championnat du monde d’escrime (Sabre, dames) en 2017. Aujourd'hui, Azza, croulant sous les dettes et ignorée de tous, lance un SOS. Est-ce ainsi que les super championnes doivent être traitées?

Intervenant au téléphone depuis la France où elle habite et s'entraîne sur les ondes de Mosaïque FM, Azza Besbes a ému les auditeurs par les larmes qu'elle a versé en évoquant son sort et celui de ses collègues Sarra Besbes et Ines Boubakri, escrimeuses de haut niveau qui ont remporté plusieurs médailles lors des compétitions internationales. 

La sportive s'est dite blasée et amère face au désintérêt total et aux promesses en l'air des officiels et notamment de la ministre des Sports. « Je me sens comme une bête de scène ou comme un animal enfermé dans une cage au zoo. On m'ignore totalement jusqu'au jour où je remporte un titre. On me sort alors de ma cage, on se prend en photo avec moi et on vante mes mérites puis on me condamne à nouveau à l'oubli», déclare la championne en pleurs. Des mots crus, des mots durs à entendre qui témoignent de toute la douleur de Azza qui avoue trouver des difficultés chaque mois à payer son loyer, ses factures et le salaire de son staff. Ayant subi une opération chirurgicale au niveau du poignet, la sportive a du arrêter les séances de rééducation car elle n'arrivait plus à payer le kinésithérapeute. Ingénieure de formation, Azza pense sérieusement à se retirer du sport de haut niveau et à exercer un autre métier tant il est devenu difficile pour elle de subvenir à ses besoins et boucler ses fins de mois. C'est avec beaucoup d'amertume et des sanglots de colère à peine étouffés que la championne a prononcé ses paroles. Ainsi sont traitées les championnes de haut niveau tunisiennes. Ainsi sont traités les jeunes de talent dans la Tunisie de 2018. Car la situation précaire de Azza et des autres escrimeuses n'est que la partie immergée de l'iceberg, ce bloc de glace qui brime les jeunes et encore plus les jeunes femmes et les empêche d'avancer et de réaliser leurs rêves et de hisser encore plus haut le drapeau tunisien à l'étranger.

Commentant les propos de Azza Besbes, les internautes se sont déchaînés et Adel, jeune étudiant, s'est interrogé: « Est-ce que la Tunisie a adopté depuis quelques temps une politique d'assainissement des rêves et des ambitions ? » et Olfa, professeur universitaire s'est demandé : « Mais que fait la ministre de la Jeunesse et des Sports ? » 

Depuis sa nomination à la tête du ministère, Majdouline Cherni est contestée et son rendement est jugé insuffisant. Pourtant, de tous les ministères existants, le sien est vital pour la Tunisie de demain. Les jeunes n'incarnent-ils par l'avenir et ne portent-ils pas entre leurs mains le destin de la nation ? Les jeunes ne pensent plus qu'à quitter le navire. 

Les jeunes sont prêts à tout pour immigrer, quitter à se jeter dans la gueule du loup et à mourir entre les vagues. Les jeunes estiment qu'ils sont déjà morts de toute façon. Les jeunes pleurent d'amertume et de désespoir. Les jeunes ne pensent plus qu'à s'installer loin de cette Tunisie qui n'a presque plus rien à leur offrir d'après leurs dires. Ont-ils tort ?