Censure, vous avez dit censure ? - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 16 Décembre 2018

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Dec.
16
2018

Chronique

Censure, vous avez dit censure ?

Jeudi 1 Mars 2018
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Avant, il y a des lustres il nous semble, ce qui est un paradoxe des plus cocasses lorsque l’on parle d’une révolution qui aurait permis, entre autres acquis fondamentaux,  s’il en est, d’imposer que l’on ne touche plus aux libertés individuelles, et que le terme « censure » n’ait plus cours, ni dans les mœurs ni dans les gestes, les cinéphiles tunisiens pouvaient aisément, avoir loisir de découvrir sur les  grands écrans, toute l’œuvre de Pier Paolo Pasolini. Et nous avons encore le souvenir d’une projection spéciale, à la Maison de la culture « Ibn-Khaldoun », de son long-métrage, pourtant, autrement sulfureux : « Salo ou les 120 jours de Sodome », sans pour autant que quiconque ne songe à s’y offusquer, en dépit du fait que certaines scènes étaient vraiment dures, et difficiles à voir. Mais c’était du cinéma, c'est-à-dire de l’Art cinématographique, et c’est ainsi que cela a été entendu, personne ne pensant à s’en offusquer, et encore moins à exiger que le film soit censuré. 

Il semble que dans la Tunisie nouvelle les pouvoirs en place n’envisagent pas les choses sous ce même angle, mais plutôt sous celui étroit et étriqué, d’une pseudo- atteinte aux bonnes mœurs. Du coup, la liberté d’expression, malmenée plus qu’à son compte ces derniers temps, en prend un sacré coup. Et celui-là est d’un ridicule tuant. Ne pas délivrer un visa d’exploitation, aujourd’hui en Tunisie, parce qu’un film traiterait de l’homosexualité (« Call me by your name », film italo-français aurait été empêché de diffusion au cinéma Le Colisée), c’est renouer, d’une manière éhontée, avec des pratiques qui ne nous honorent pas. A moins que l’on ne considère que le public tunisien, dans sa large composante, est un public d’immatures. Et qu’il incombe de le placer sous tutelle pour le protéger de lui-même. Sept ans après la « révolution », c’est à pleurer…

Samia HARRAR