Trois questions à Sabrine Goubantini, députée du bloc Al Watania: «Les listes indépendantes peuvent constituer un vrai vote utile» - Le Temps Tunisie
Tunis Mardi 19 Juin 2018

Suivez-nous

Jun.
20
2018

Sabrine Goubantini

Trois questions à Sabrine Goubantini, députée du bloc Al Watania: «Les listes indépendantes peuvent constituer un vrai vote utile»

Dimanche 25 Février 2018
نسخة للطباعة
Trois questions à Sabrine Goubantini, députée du bloc Al Watania: «Les listes indépendantes peuvent constituer un vrai vote utile»

L’Instance supérieure indépendante des élections (ISIE) a annoncé, jeudi soir, avoir clôturé la déposition des listes candidates en vue des élections municipales qui se tiendront le 6 mai prochain. Ennahdha et Nidaa Tounes ont été classés les premiers partis à s’être présentés dans toutes les circonscriptions du pays tandis que les autres formations ont visiblement peiné pour marquer leur présence. Ancienne députée du mouvement de Nidaa Tounes, Sabrine Goubantini, actuellement membre du bloc parlementaire d’Al Watania, vient de choisir de soutenir une liste indépendante à l’Ariana présidée par Fadhel Moussa. Au cours de cette interview, la députée nous explique les raisons de son choix et l’importance des listes indépendantes pour ces élections.

Le Temps : Jeudi, l’ISIE a fini de recevoir les dépôts des listes candidates aux élections municipales. Vous soutenez une liste indépendante à l’Ariana alors que plusieurs partis politiques sont parties prenantes de l’échéance. Pourquoi ce choix ?

Sabrine Goubantini : Je suis moi-même indépendante et, ayant été, comme beaucoup de Tunisiens, déçue par les partis politiques, j’ai choisi de soutenir une liste présidée par une personnalité notoire à l’Ariana qui est Fadhel Moussa. La médiocrité ambiante des partis actuels, se manifestant notamment par le choix des personnalités douteuses et par l’affairisme et le clientélisme et les supposons de corruption en plus de l’absence des programmes électoraux clairs m’obligent à me mobiliser pour ma ville. Au départ, j’ai préféré suivre de loin le processus de la Coalition civile, j’ai évité d’y intervenir parce que j’avais espoir en un éventuel consensus entre les démocrates et les forces progressistes face au duo Ennahdha/Nidaa Tounes. Toutefois, ce processus n’a pas abouti dans plusieurs régions notamment dans la ville de l’Ariana. Je ne peux plus me permettre de cautionner des listes partisanes dont les candidats peuvent accentuer, après leur éventuelle élection, la détérioration de la qualité de vie dans ma ville.

  Vous dites que vous avez eu, à un certain moment, une lueur d’espoir vis-à-vis de la Coalition civile (les onze partis formant ladite coalition). Or vous avez été témoin du large échec du Front progressiste qui, après avoir fait beaucoup de bruit, n’a même pas vu le jour. Cela ne relèverait-il pas d’une certaine naïveté politique de votre part ?

Concernant le Front parlementaire progressiste, la coordination entre la plupart des députés qui étaient supposés le former était préexistante avant même l’idée de la constitution dudit Front. Il était, pour nous, tout à fait naturel, au bloc d’Al Watania, d’essayer d’institutionnaliser cette coordination dans le cadre des projets de loi. La divergence entre notre position et celle de certains autres blocs partisans reposait sur la dimension politique de ce Front ; Al Watania a conditionné sa participation au Front parlementaire progressiste par le fait que le travail de coordination devait se limiter au travail parlementaire et ne pouvait, en aucun cas, dépassait l’Assemblée. Cependant, cela n’a pas abouti parce que les représentants des partis politiques voulaient absolument former un Front parlementaire et politique ce qui constituait un danger pour notre indépendance et notre crédibilité vis-à-vis de nos électeurs qui ont choisi de nous supporter en tant qu’indépendants. La dominance des partis était un risque auquel nous étions très averses.

En ce qui concerne la Coalition civile, la majorité des partis qui la constituent ne sont pas représentés au Parlement. L’idée était bien mais connaissant un peu ses leaders, je saivais d’emblée que les intérêts et les quotas partisans allaient primer sur l’intérêt local, régional voire national et allaient marginaliser les candidats indépendants et les différentes composantes de la société civile qui sont, tout-de-même, plus crédibles que les candidats partisans ; l’Ariana en est le grand exemple. Pour moi, l’enjeu capital des élections municipales est de barrer la route devant les opportunistes et les affairistes qui figurent sur les listes partisanes dont le seul objectif est de protéger leurs intérêts.

Ce tableau que vous venez de dresser ne risque-t-il pas d’amplifier les risques d’abstention qui guettent déjà cette étape électorale cruciale ?

Au contraire vu que les listes indépendantes qui se sont présentées dans la plupart municipalités du pays peuvent constituer une sérieuse alternative et un vrai vote utile pour les Tunisiens qui sont d’ores et déjà déçus par les partis politiques. 

Propos recueillis par Salma BOURAOUI