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Elections municipales

Un scrutin joué d’avance ?

Vendredi 23 Février 2018
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• Seuls Ennahdha et Nidaâ Tounès ont annoncé avoir pu présenter des listes dans la totalité des circonscriptions

Les statistiques relatives au dépôt des listes pour les élections municipales du 6 mai prochain publiées hier par l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) vers le coup de 15 ont fait ressortir que des listes ont été présentées dans toutes les circonscriptions. Au total 1581 listes ont été déposées: 888 listes partisanes, 615 listes indépendantes et 78 listes de coalition.

 Selon ces statistiques incomplètes, le scrutin se résumerait à un duel entre deux listes dans 45 municipalités. Pire, une seule liste a été déposée dans deux municipalités ! Conformément aux attentes des observateurs, seuls deux grands partis bien structurés et disposant de ressources financières conséquentes ont assuré pu présenter des listes dans toutes les circonscriptions électorales : le mouvement Ennahdha et Nidaâ Tounes.

Malgré des alliances, les partis de moindre taille se sont contentés de présenter des listes dans les grands centres urbains et les villes à forte densité démographique. Les petites formations ont été, quant à elles, obligées de présenter des listes un nombre très limité de municipalités ou à soutenir des listes indépendantes.

Cela a poussé plusieurs observateurs à considérer que ce scrutin est joué d’avance tant les règles de jeu définies par la loi électorale sont biaisées.

«La loi électorale a été spécialement conçue pour favoriser les grands partis bien structurées et disposant de gros moyens financiers. Lors de la discussion de cette loi électorale, les partis représentés à l’Assemblée de représentants du peuple ont tenu à servir leurs propres intérêts », déplore le coordinateur général du réseau d’observation des élections Mourakiboun,

Rafik Halouani.  Et d’ajouter: «Le mode de scrutin lui-même ne favorise pas les indépendants étant donné que le choix sur porté sur le scrutin de listes fermées. Dans certaines municipalités, la liste doit comprendre jusqu’à 60 candidats en plus d’une liste complémentaire de 3 candidats. Seuls les grands partis disposant de moyens humains considérables peuvent mobiliser un tel nombre de candidats. Sur l’ensemble du territoire, un parti ou un mouvement qui souhaite présenter des listes dans toutes les circonscriptions doit mobiliser plus de 7000 candidats».

M. Halouani a également estimé que les indépendants auraient eu la possibilité de réaliser de très bons scores si les partis n’avaient pas verrouillé le jeu de la sorte.

La constitution des listes pour les municipales s’est en effet avérée très complexe. La loi électorale impose en effet une parité horizontale et verticale en plus d’une représentativité de 30% de jeunes sur les listes, ce qui nécessite 175 femmes tête de listes et quelque 3600 femmes candidates au total. De plus, le financement public ne sera pas cette fois-ci accordé aux listes candidates avant le vote. Et seules les listes ayant obtenu au moins 3% des suffrages exprimés auront le droit au financement public.  Malgré cette complexité la présidente de l’Association tunisienne pour l’intégrité et la démocratie des élections (ATIDE), Leila Chraïbi, estime que le scrutin n’est pas jouéd’avance. «Les surprises sont possibles. Les municipales sont en effet un scrutin de proximité qui ne demande pas des moyens financiers conséquents pour faire campagne. Les candidats peuvent tenter de convaincre les électeurs en utilisant un haut parleur et en sillonnant les souks hebdomadaires et les marchés », a-t-elle relevé, indiquant que «les électeurs vont voter pour des personnes qu’ils connaissent très bien».

Mme Chraïbi note cependant que «le mode de scrutin choisi pour les prochaines élections municipales, qui a été déjà expérimenté à l’échelle nationale lors des législatives et des présidentielle, et dans le cadre duquel il s’agit moins de voter pour un homme que pour un parti, est loin d’être recommandé pour des élections à l’échelle locale».

Selon elle, c’est le mode de scrutin uninominal qui permet à des personnes compétentes, très respectées et connues pour leur intégrité à l’échelle locale d’accéder au poste de maire sans forcément être encartées.   

Walid KHEFIFI