Elections municipales: L’amalgame du consensus - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 19 Août 2018

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Elections municipales: L’amalgame du consensus

Dimanche 18 Février 2018
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Elections municipales: L’amalgame du consensus

En présence de son directeur-exécutif, Hafedh Caïd Essebsi, le mouvement de Nidaa Tounes a fêté le dépôt des dossiers de ses candidats aux élections municipales dans la circonscription de Tunis. Une liste qui sera présidée par l’ancien président du Club africain et ancien directeur général au ministère de la Santé, Kamel Idir.

Nidaa Tounes qui demeure très discret sur le déroulement de la préparation de ses listes électorales vient de jouer l’une de ses plus importantes cartes. La circonscription de Tunis représente en effet une importante étape pour les partis politiques d’autant plus que le vainqueur de ces élections remporte le prestigieux titre du cheikh de la médina. Dans ce cadre, le mouvement islamiste Ennahdha – qui est encore plus discret que son allié – serait sur le point de sacrifier le poste de vice-président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), occupé par Abdelfattah Mourou, pour miser sur celui du cheikh de la médina de Tunis.

Cependant, le mouvement islamiste a entamé lui aussi la déposition des dossiers de ses candidats pour les municipales et la première surprise nous vient du côté du Kondar, gouvernorat de Sousse, où la tête de la liste d’Ennahdha aux municipales n’est autre que l’ancien président du bureau régional du RCD dissout. Un choix révélateur de ce mouvement qui, en 2013, avait tout fait pour faire passer une loi d’immunisation de la révolution à travers laquelle il cherchait à écarter les figures de l’ancien régime de la scène politique. Quelques années plus tard, contraint par le consensus et l’alliance gérée difficilement des deux côtés, Ennahdha vote en faveur de la réconciliation administrative, un projet initié par le président de la République, Béji Caïd Essebsi. Aujourd’hui, le mouvement islamiste ne semble plus avoir aucune gêne dans ses rapports avec l’ancien régime et tout ce qu’il représentait ; Ennahdha a compris que ce qui compte réellement en politique est le résultat, un résultat qui lui garantira le pouvoir sur le moyen et le long termes.

De son côté, Nidaa Tounes aurait opté pour Toufik Laâribi, homme d’affaires originaire de Sousse, pour qu’il préside sa liste électorale dans la ville. Le seul hic c’est que monsieur Laâribi est surtout connu dans la ville pour être proche du mouvement islamiste. Entre Ennahdha qui embauche un ancien RCDiste et Nidaa Tounes qui se rapproche d’un ami des islamistes, il faut dire que le flou politique n’aurait jamais été aussi omni présent. Un flou qui accentue encore plus la crise de confiance entre les électeurs et l’élite politique. Des chiffres d’abstention qui seraient historiques selon les plus récents sondages d’opinion. Cette abstention pourrait chambouler tout le champ politique comme ce qui est arrivé avec les élections législatives partielles tenues en Allemagne vers la fin de l’année écoulée. Un chamboulement qui a fini par donner la voie à Yassine Ayari, bloggeur controversé et grand ami de l’ancien président provisoire de la République, Moncef Marzouki, désormais élu au Parlement.

Le 6 mai prochain représente une date phare pour la jeune démocratie tunisienne puisqu’il s’y tiendra les premières élections municipales indépendantes de notre histoire et parce que, surtout, les improbabilités risquent de tout changer, à jamais…

Salma BOURAOUI