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Mémoire du temps présent: L’école de la République menacée par les grèves.. Un rêve s’écroule !

Dimanche 18 Février 2018
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Mémoire du temps présent: L’école de la République menacée par les grèves.. Un rêve s’écroule !

Par Khaled Guezmir

Le service public  continue à subir le harcèlement intense des syndicats pour l’amélioration des salaires et autres avantages, laminés, il est vrai par la cherté  de vie et la dévaluation de fait de la monnaie  nationale,  qui en rajoute à une inflation passée de 3,5% en 2010 à près de 7% en 2017, soit du simple au double.

Mais, ceci  ne date pas d’aujourd’hui. Depuis l’indépendance, et c’est plus que connu de par le monde,  les salaires des fonctionnaires et cadres tunisiens, comparativement à leurs homologues algériens, marocains et même de certains pays africains,  paraissent dérisoires et pas seulement pour le bas de l’échelle  et les hiérarchies moyennes. Même les ministres, ambassadeurs, gouverneurs ou banquiers, souffraient quelque part du système  de rémunération  dans la fonction publique. Rien qu’à voir le salaire du président Bourguiba lui-même, avant de se faire réévaluer avec Ben Ali, pour comprendre qu’il s’agit de choix  financiers et d’une vraie  culture de l’Etat de l’indépendance voulus par Bourguiba lui-même. Les anecdotes sur la méconnaissance des problèmes d’argent du « combattant suprême » sont légion.

Une des plus succulente est relative à une demande d’augmentation des salaires de ses ministres, qui ont chargé un de leurs très proches de Bourguiba, pour défendre leur cause.

Et Bourguiba de répondre positivement mais de quelle manière : « Ya Allala (son secrétaire particulier, Allala Laâouiti)… je suis d’accord, le salaire des ministres est très insuffisant…dites au ministre des Finances de leur accorder une « bonne augmentation de cinquante (50) dinars » !!!...

Et depuis les salaires des cadres de la Nation n’ont jamais mené à la grande fortune, à telle enseigne que beaucoup de compétences tunisiennes ont « émigré » vers le privé,  ou ont monté leurs propres projets, industriels, touristiques, agricoles et autres.

Ceci dit, les temps ont changé en bien ou en mal, mais il est un fait indéniable que l’argent a pris un ascendant évident dans la société, aux dépens des valeurs nationales du sacrifice,  pour bâtir  ce grand rêve de la Tunisie moderne, prospère et égalitaire.

Que dire, alors, quand avec les salaires actuels, les enseignants, à titre d’exemple, de tous les corps éducatifs du primaire  au secondaire, à l’universitaire, n’arrivent plus à joindre les deux bouts et assurer la  dignité à leurs familles et à leurs enfants.

Par conséquent,  le problème est général et doit être traité globalement.

Malheureusement,  la conjoncture n’est pas bonne et les ressources  budgétaires ne permettent pas une  réévaluation sensible des salaires, ni de répondre à toutes les revendications syndicales qui s’apparentent de plus en plus à des actes politiques  d’insubordination, et de remise en cause   du système social et politique dans son ensemble.

Or, jusqu’à aujourd’hui, la Tunisie s’apparente  plus à un « Etat socialiste » qu’à un Etat ultra libéral. La part d’intervention de l’Etat dans  l’économie est énorme comparée à celles des pays d’Europe, y compris l’Europe centrale  ou à la Turquie.

L’Etat dispose  d’un patrimoine domanial imposant et sans aucune comparaison avec les pays de l’Union européenne, le Japon ou la Corée du Sud.

Le secteur public est monumental et pesant sur l’ensemble de l’économie et les entreprises publiques même déficitaires et cliniquement mortes, continuent à bénéficier du soutien  budgétaire de l’Etat. Une véritable hémorragie !

Les syndicats de base doivent comprendre cela et ne pas enfoncer davantage le secteur public dans sa crise structurelle de plus en plus ingérable par les finances publiques.

Voulons-nous un modèle comme celui de la Corée du Nord ou de la Roumanie du temps de la dictature collectiviste,  ou voulons-nous sauver  le secteur public, le mettre à niveau et faire en sorte qu’il soit viable, performant et même concurrentiel en terme de rentabilité… ?! That is the question !

M. Yaâcoubi qui cumule grève sur grève depuis 7 ans, dans le système éducatif, a-t-il réussi  à remettre à niveau l’école de la République, ou l’a-t-il dépréciée dangereusement ?

Un petit regard  jeté sur les statistiques nous donnerait la réponse… Combien d’écoles primaires,  lycées et universités « privées » ont vu le jour depuis 2010 !

Alors,  veut-on préserver l’école  publique… l’école des enfants du peuple, ou veut-on pousser  à sa privatisation de plus en plus légitime, car la Tunisie ne doit pas avoir une école pour les riches et une école pour les pauvres,  mais une école fonctionnelle et performante aussi bien dans le public que dans le privé.

C’est là le top de la contradiction des syndicats qui prennent l’école publique et ses élèves en otages et qui crient à qui veut  les entendre : « Nous voulons sauvegarder l’enseignement public »… Décidément, c’est la nouvelle rengaine nationale.

Arrêtons la mascarade et les dégâts… ça ne prend plus !

K.G

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