Quand l’Europe devient aussi schizophrène que la Tunisie - Le Temps Tunisie
Tunis Jeudi 16 Août 2018

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17
2018

Nouvelle blacklist pour la Tunisie

Quand l’Europe devient aussi schizophrène que la Tunisie

Vendredi 9 Février 2018
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Une nouvelle liste noire s’est ajoutée au palmarès chaotique de la Tunisie postrévolutionnaire. Une liste qui permet à l’Union européenne (UE) de se protéger contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Désormais, la Tunisie figure, aux côtés du Sri Lanka et Trinité-et-Tobago, dans la liste des pays tiers considérés comme présentant des déficiences stratégiques dans leurs régimes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Ce nouveau classement représente un coup dur pour le pays qui cherche désespérément à relancer son économie nationale. Alors que l’on attend le déblocage de la troisième tranche du crédit du Fonds monétaire international (FMI), l’ajout sur la nouvelle liste vient frapper le petit élan d’espoir qui commençait à peine de surgir de nulle part. La Tunisie est certainement fautive, mais à quel point et à quel niveau ? Fautive pour avoir traîné, pendant ces sept dernières années, à combattre réellement le terrorisme, la corruption et les blanchisseurs d’argent. Certainement. Mais fautive aussi et surtout de par ses politiciens qui, ne visant que leurs propres intérêts partisans et à la limite personnels, ont tout fait pour garder le pouvoir en dépit de tout ce que cela coûte pour le pays. Le consensus qui nous est imposé depuis les élections de 2014 en est peut-être l’un des plus importants exemples. Contre vents et marrées, Nidaa Tounes et plus précisément son ancien président et actuel président de la République , Béji Caïd Essebsi, continuent de s’accrocher à leur alliance avec le mouvement islamiste d’Ennahdha. Un consensus contreproductif causant un déséquilibre politique sans précédent où les gouvernements survivent à peine neuf mois avant de subir soit d’importants remaniements soit, carrément, une chute et un remplacement. Des changements continuels qui ont empêché tout vrai projet d’être concrétisé ce qui a fait sombrer encore l’économie nationale qui, entre le déficit de la balance commerciale et la chute vertigineuse du dinar, semble être perdue pour très longtemps.

Le régime politique consensuel actuel est tellement flou et sidérant qu’une question récurrente ne cesse d’être légitiment posée : qui gouverne réellement le pays, le président de la République ? Le chef du gouvernement ? Les organisations nationales ? Ou serait-ce plutôt Caïd Essebsi et Ghannouchi qui tirent les ficelles du jeu ? Ce flou politique a fini par avoir raison de nous et de l’avenir du pays.

Toutefois, la Tunisie n’est pas l’unique responsable de tout ce qui lui arrive ; à peine quelques jours de cela, le président français, Emmanuel Macron, était en visite d’Etat à Tunis et, pour bien rassurer sur les intentions de la France en ce qui concerne la Tunisie, Macron a assuré que son pays aiderait le nôtre non pas en tant qu’ami mais en tant que frère ou sœur. Ceci n’est pas la première fois où des chefs d’Etat ou des responsables européens assurent et rassurent sur leurs projets relatifs à notre pays. Cette belle Tunisie, jeune démocratie, unique dans son genre dans le monde arabe qui ne cessera d’étonner le monde entier ne serait jamais laisser seule face à son destin incertain. Et pourtant, ces beaux discours pleins de charme et de doux mots n’auront servi à rien et les ‘sœurs et frères’ de la Tunisie l’ont finalement laissée tomber au premier tournant…

Salma BOURAOUI

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