“Les deux partis leaders et le programme du gouvernement nous ont éloignés des objectifs initiaux” - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 15 Août 2018

Suivez-nous

Aug.
16
2018

Yassine Brahim, président d'Afek Tounes :  

“Les deux partis leaders et le programme du gouvernement nous ont éloignés des objectifs initiaux”

Mercredi 7 Février 2018
نسخة للطباعة
• Afek Tounes se propose de  mobiliser le maximum de monde pour construire une autre voie nouvelle qui fait évoluer le système de gouvernance et le modèle de développement humain

 Le Temps : Quel est l’état de santé d’Afek Tounes après le retrait de quelques membres influents du parti ?

M. Yassine Brahim : Afek Tounes a pris des décisions difficiles et courageuses. Il a entériné l’échec politique, social et économique de cette union nationale traduite dans la réalité par une coalition politique bipartisane entre Ennahdha et Nidaa, et un gouvernement appliquant un programme socio-économique étatiste détruisant la compétitivité de notre économie, baissant le pouvoir d’achat des familles tunisiennes et la valeur de notre monnaie, le dinar.

En refusant le pacte de Carthage, avez-vous une alternative ?

Le pacte de Carthage avait deux objectifs, l’union nationale incluant plusieurs partis et les organisations syndicales, et un programme politique sociale et économique visant à créer un climat de confiance en l’avenir chez les Tunisiens en améliorant leur niveau de vie et en stabilisant voire en commençant à faire baisser le chômage des jeunes. Le comportement et les choix des deux partis leaders ainsi que le programme socio-économique du gouvernement actuel nous ont beaucoup éloignés des objectifs initiaux.

Afek représente aujourd’hui une alternative politique avec une vision économique solide, créatrice de richesse et de justice sociale, qui se traduit par une stratégie et un plan d’action de lutte contre les pratiques qui ont longtemps empoisonné la vie politique et la kleptocratie qui persiste encore au sein du pays à tous les niveaux.

Pourquoi Afek a adhéré à la  coalition civile ?

Les élections locales sont déterminantes pour la réussite de la transition démocratique de notre pays. Dans ce cadre, il est important de réussir à mobiliser les citoyens pour cette échéance dans un contexte où le pessimisme et le quasi-désespoir de la gouvernance publique règnent. Nous nous devons donc de faire tout pour que nos citoyens fassent la distinction entre ceux qui conçoivent la politique pour s’emparer du pouvoir en vue de se servir et servir les leurs et ceux qui la font pour servir tous les citoyens et l’intérêt commun. Nous devons donc leur simplifier le choix, de ne pas se disperser, de s’ouvrir sur la société civile et les indépendants, et bien sûr nous de regrouper dans le cadre d’une large coalition civiliste pour éviter la dispersion.

Quels  sont les principaux chantiers que le gouvernement doit être en mesure de résoudre ?

Ce gouvernement a malheureusement démontré ses limites sur les sujets économiques notamment à travers une politique budgétaire dépensière sans efficience qui a fini par faire chuter le dinar dramatiquement et rendre la vie chère au point d’appauvrir de plus en plus notre classe moyenne. Il a tellement de chantiers ouverts et à ouvrir  décrits dans la note d’orientation et le plan stratégique élaborés en 2015 et en 2016, et qui ne sont exécutés que très partiellement à un  rythme très lent. 

Où en est-on de la mise en place de la haute fonction publique, du moteur de la transformation? Où en est-on du vrai plan logistique avec le désengorgement du port de Radès et du lancement de celui d’Enfidha? Où en est-on du plan des énergies renouvelables où l’objectif des 12% de l’électricité produite commence à devenir impossible vu le rythme de réalisation, alors que les prix du pétrole et du gaz commencent à flamber de nouveau et vont causer un accroissement du déficit du budget déjà irréaliste?  Où en est on des projets PPP, de centrales électriques aux usines de dessalement de l’eau saumâtre et de l’eu de mer’ en passant par les zones industrielles? Sans parler des dispositions fiscales contreproductives de la LFC, et du règlement du déficit des caisses sociales pour lequel les discussions durent depuis 3 ans toujours sans accord concret et viable...Nous vivons l’époque du consensus mou laissant le pays s’enfoncer dans un terrain glissant dangereux...

Comment Afek abordera t-il les prochaines élections municipales?

C'est une échéance importante pour laquelle nous allons mobiliser le maximum de monde proche de nous, partis, société civile, indépendants, etc. Nous sommes en train de finaliser l'élaboration des listes et nous sommes résolument convaincus que cette étape de proximité sera une belle opportunité pour remettre le citoyen au cœur de l'action politique en l'intégrant dans la réflexion et l'exécution de la politique de la ville et en instaurant des traditions de démocratie participative susceptibles de rétablir la confiance en la transition démocratique. Nous pensons à Afek Tounes que le citoyen doit être le moteur de transformation et nous œuvrerons pour que la transformation du pays, pour laquelle nous sommes résolument déterminés, passe par la politique locale.

Comment voyez-vous le devenir de  l'alliance Nidaa -Enahdha?

Nous avons commencé en nous alliant avec Nidaa par une association avec Ennahdha représentée par un seul ministre au gouvernement. Regardez où nous en sommes 3 ans après...Nidaa s’est décomposé et Ennahdha a bien su en profiter pour nouer une alliance d’intérêts. Les derniers mouvements tactiques de Nidaa ne sont pas crédibles. Nous ressentons une proximité culturelle dans la  pratique du pouvoir entre les deux partis, qui est dangereuse pour le pays. La restauration, dans une configuration potentiellement plus dangereuse que l’ancien régime, commence à pointer son nez... Je suis confiant dans la réaction des Tunisiens devant ce danger qui menace le pays. Afek Tounes se propose de les mobiliser pour construire une autre voie nouvelle qui fait évoluer et le système de gouvernance et le modèle de développement humain au sein de notre société.

Kamel Bouaouina