Chokri Belaid… - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 23 Mai 2018

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May.
23
2018

Chronique

Chokri Belaid…

Mardi 6 Février 2018
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Il y aura un petit rassemblement : un peu, beaucoup, passionnément. Le cercle des derniers fidèles, qui se resserre comme peau de chagrin, quelques vagues pensées, quelques mots épars, du chagrin ramassé dans la poitrine de ses proches et parents, qui eux, ne peuvent pas oublier. Et puis les yeux secs de ses filles qui refusent toujours d’accepter, et qui s’endorment le soir en pensant peut-être qu’il dort toujours à côté, et qu’il ne les a jamais quittées. 

Il y aura aussi, peut-être, ou probablement, quelques curieux qui s’arrêteront aussi, juste le temps de se mêler à la petite foule, hétéroclite, qui sera au rendez-vous d’un bien triste anniversaire. Celui de son assassinat, un certain 6 février, que les Tunisiens, ça par contre, n’oublieront jamais. Cinq ans jour pour jour à espérer. Alors du coup, le cercle des derniers fidèles, la foule disparate, quelques nuages épars, et la colère rentrée, devant tout ce silence, assourdissant comme une douleur perverse, qui refuse de s’en aller, rajoute à la hargne de savoir  que les assassins courent toujours, en liberté, et qu’ils n’ont toujours pas payé. 

Oublier ? Il n’en n’est pas question tant que Chokri Belaid n’aura pas été vengé. Vengé de quelle manière ? La vérité… Il n’y aura pas de répit, pas de sommeil du juste, et aucune amnistie, tant que les coupables n’auront pas été jugés. Ceux qui ont donné l’ordre, et qui se pavanent toujours avec affront, comme si de rien n’était. Les mains tâchés de sang et le regard menteur, lâches et poltrons et assoiffés de pouvoir, ils regardent avec satisfaction le cercle qui s’est rétrécit comme peau de chagrin. Il s’est rétrécit peut-être, mais les derniers fidèles lui demeurent fidèles. Ils ne sont pas prêts de pardonner…

Samia HARRAR