Mémoire du temps présent: Le bassin minier, cette plaie à ciel ouvert.. Et pourtant…. les solutions existent - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 27 Mai 2018

Suivez-nous

May.
28
2018

Mémoire

Mémoire du temps présent: Le bassin minier, cette plaie à ciel ouvert.. Et pourtant…. les solutions existent

Dimanche 4 Février 2018
نسخة للطباعة
Mémoire du temps présent: Le bassin minier, cette plaie à ciel ouvert.. Et pourtant…. les solutions existent

Par Khaled Guezmir

Le fameux bassin minier de Gafsa et périphéries, a toujours été le « bassin des malentendus », une véritable plaie à ciel ouvert dans une région rebelle depuis nos ancêtres, les Numides, le tout aggravé par le manque de visibilité sur le court, moyen et long termes des autorités, astreintes à la reculade permanente faute de véritable plan de redressement de la région, et son développement intégré.

Le scénario est pratiquement le même, avant et après la révolution. L’implantation syndicale classique en milieu minier est l’une des plus forte et permet à des  leaders, de mettre toute la région sous contrôle assimilable à « l’Etat dans l’Etat », parce que tout simplement les attributs de l’Etat institutionnel ne peuvent plus être mises en œuvre à cause de plusieurs facteurs. L’un de ces facteurs permanents c’est l’acceptabilité de l’autorité politique et administrative, comme « légitime » dans ses décisions et sa gouvernance. Or, toute démarche des autorités régionales (le gouverneur) et centrales (le gouvernement) ne sont pus perçues comme « obligatoires » et donc, il y a déficit et même un vide d’Etat, et automatiquement, il s’opère une translation des pouvoirs vers les syndicats, et certaines personnalités influentes, ou même la société civile.

Les solutions de recrutement par milliers dans un consortium des phosphates mené par la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), frise le surréalisme ! En effet, sous la pression cyclique à longueur de mois et non d’années, l’oblige à doubler, voire tripler ses effectifs pour faire quoi… Dieu n’est pas le seul à le savoir, puisque tout le monde sait qu’il s’agit de « pansements sociaux », à cette plaie endémique, le chômage des diplômés et autres, sans aucune formation pratique et professionnelle.

Par conséquent, rien ne se créé, rien ne se perd, tout se transforme. Pourtant, cette masse salariale énorme que la CPG semble de plus en plus incapable d’assurer surtout avec les arrêts répétitifs, voire permanents de la production, la perte de marchés et l’assèchement des liquidités, n’est pas aussi désastreuse qu’on le croit, parce qu’elle permet de faire tourner l’économie, le commerce et donne du pouvoir d’achat à tous ces chômeurs, qui ne veulent travailler qu’à la CPG et ses filiales. Sans ce flot d’argent qui nourrit la vie économique du gouvernorat de Gafsa et environs, cette région serait à l’arrêt clinique !

D’où la nécessité d’imaginer des solutions autrement plus productives et plus incitatives, pour le développement réel et non la sur-fonctionnarisation de la CPG. Ceci nécessite un dialogue profond et sincère pour ramener tout ce beau monde à la raison utile, seule capable de mettre Gafsa sur l’orbite irréversible du développement.

Pour ma part, j’avais proposé il y a déjà quelques années, de créer un pôle financier de développement du gouvernorat de Gafsa sous forme d’une grande banque de développement régionale qui serait alimentée par les ressources et plus-values de la CPG.

Une bonne partie des revenus de la Compagnie, n’iront plus au budget de l’Etat, mais à ce pôle financier régional.

Au lieu de distribuer à fond perdu des centaines, voire des milliers de milliards à des désœuvrés pour ne rien faire et même empêcher les autres de travailler, il faudrait créer une « Banque de développement » à l’image de ce qui a été fait pour la BDET, du temps de Bourguiba ou la BIAT, et autres, du temps de M. Mansour Moâlla.

Son rôle serait de financer des projets importants et les moyennes et petites entreprises à Gafsa avec des facilités appropriées et sans intérêt, ainsi qu’une grâce de 5 à 10 ans. La formation professionnelle et économique doit suivre pour les diplômés chômeurs, un peu comme le service militaire, pendant un an ou six mois, puis un apprentissage usine, ou dans certains ateliers en état de production. 

Enfin, il faut les aider au montage de leurs propres projets. L’Etat doit aussi leur accorder les fonds propres ainsi qu’un fond de roulement adéquat, pour éviter le crash de ces projets et leur permettre de survivre et d’aller de l’avant.

Entre temps, jusqu’à quand va-t-on vivre ce feuilleton de mauvais goût et tolérer ce dépérissement de l’Etat institutionnel et la mise sous tutelle de la région, par les « seigneurs » du Bassin minier qui font la loi et les lois. Et dire qu’on désigne encore cela par la « Démocratie » !

Pourtant, une petite séance de travail avec mon professeur émérite Si Mansour Moâlla, pourrait trouver la bonne et la meilleure solution, à bien des régions en Tunisie. 

L’idéal aurait été même un super ministère du Plan!

Pour ceux qui n’ont plus de mémoire ou qui ne veulent pas s’en rappeler, c’est M. Mansour Moâlla qui a créé les ¾ des banques de développement en Tunisie, et surtout, le commissariat au développement régional qui a été dirigé par mon frère et ami, Dr. Mondher Gargouri, diplômé de Cornell University et ancien doyen de la faculté d’économie au Campus d’El Manar.

Au fait, où est passé ce Commissariat du développement régional ! Mon Dieu, que de gâchis !

K.G.