Le spectre de la grève générale - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 15 Août 2018

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Aug.
15
2018

La presse tunisienne en colère

Le spectre de la grève générale

Samedi 3 Février 2018
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Notre liberté dépend de la liberté de la presse, et elle ne saurait être limitée sans être perdue. (Thomas Jefferson(

 

Réunis devant le siège du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) et portant le brassard rouge, les journalistes tunisiens ont fermement exprimé leur refus des pratiques policières austères envers leur fonction. Des pratiques qui ont empiré durant la semaine courante après que le ministre de l’Intérieur, Lotfi Brahem, ait avoué que les journalistes sont, souvent, mis sur-écoute téléphonique sans qu’il y ait forcément d’ordre juridique et que des appels ont été interceptés entre des manifestants et des journalistes. Une déclaration ayant provoqué un mouvement de panique auprès de ces derniers  qui ont revendiqué leur droit à la vie privée et au secret de leurs sources. Des composantes de la société civile, des dirigeants de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et quelques dirigeants du Front populaire étaient également présents au rassemblement.

Le lendemain de la déclaration du ministre de l’Intérieur, les syndicats sécuritaires se sont déchaînés sur les réseaux sociaux ; entre appels aux viols des journalistes (qu’ils soient hommes ou femmes) et les rappels des supers dons des policiers en termes de violences et de torture. Face à cette montée de haine et d’incitation à la violence, le président du SNJT, Néji Bghouri, a rappelé aux forces de l’ordre que leurs salaires étaient payés des contribuables et que, de ce fait, ils devaient respecter les citoyens, indépendamment de leur appartenance professionnelle ou autre, et les traiter sur un pied d’égalité. Des déclarations qui ont déplu à certains sécuritaires qui ont déclenché une avalanche de violences et de menaces à l’encontre des journalistes sans que cela ne gêne en rien le ministère de l’Intérieur et ses responsables qui n’ont fait aucune réaction.

Suite à une réunion, le SNJT et la Fédération tunisienne des directeurs de journaux (FTDJ) ont décrété le vendredi 2 février 2018 journée nationale de colère. Donc hier et à l’occasion du rassemblement protestataire tenu devant le siège du Syndicat, Néji Bghouri a tenu un speech où il a remercié tous les présents d’être conscients de l’importance de défendre la liberté de presse, important acquis du 14 janvier. Il n’a pas écarté, dans ce cadre, la possibilité de décréter une grève générale dans le secteur.

 

Une grève générale qui, si cela venait à se confirmer, serait la troisième durant ces sept dernières années. La première a été observée en 2012 – les requêtes étaient liées à la condition de la liberté de presse à l’époque – et la deuxième a été tenue en 2013 lorsque les journalistes réclamaient l’application des lois régulant le secteur et instaurant la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA).

Aujourd’hui, la situation est devenue encore plus compliquée entre des violences policières assumées et prononcées et un pouvoir qui cherche par tous les moyens à faire main basse sur la presse ; des appels à la restitution de l’Agence tunisienne de communication extérieure (ATCE) – agence dissoute officiellement en 2012 – aux menaces directes et claires proférées par des responsables, la situation de la liberté de presse et de la liberté d’expression deviennent réellement problématique dans une scène publique floue et incertaine.

 

Salma BOURAOUI