Le multilatéral bat de l’aile… place au bilatéral - Le Temps Tunisie
Tunis Mardi 20 Février 2018

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Feb.
21
2018

Mémoire du temps présent.. Emmanuel Macron à Tunis

Le multilatéral bat de l’aile… place au bilatéral

Jeudi 1 Février 2018
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Par Khaled Guezmir

Le «multilatéral» bat de l’aile… place, donc, au « bilatéral » avec l’importante  visite d’Etat du Président français  Emmanuel Macron, très  prometteuse,  parce qu’il s’agit d’une  belle histoire d’amour entre la Tunisie et la France, passant parfois par un certain dépit, mais toujours ramenée à la ferveur des retrouvailles et de l’enchantement.

C’est vrai que la Tunisie, depuis Carthage, et surtout, avec Bourguiba,  n’avait que des amis, à droite comme à gauche, jusqu’aux confins de la Russie, de la Chine et du Japon.

C’est aussi, pour cela que nous avons des relations privilégiées avec tous ces pays et surtout les leaders en Europe comme l’Allemagne, l’Italie,  la Grande-Bretagne ou l’Espagne.

Mais, avec la France, c’est toujours  quelque chose de plus « intime », certainement à cause de la culture et des élites nombreuses de l’indépendance nationale formées dans les universités françaises des grandes métropoles comme Paris, Aix-Marseille, Bordeaux, Montpellier, Toulouse, Strasbourg, et bien d’autres. D’où cette exclamation chaleureuse du grand président Jacques Chirac, mon préféré, un jour dans les jardins de la résidence de l’ambassade de France à la Marsa : « Les Français et les Tunisiens sont frères ».

Il faut dire que le multilatéral  a refroidi  bien des espoirs  depuis ce fameux G20 qui a promis la « lune » au président Béji Caïed Essebsi, avec 25 milliards   de dollars sur cinq ans, pour booster le développement régional et  relancer l’économie tunisienne exténuée par la « révolution » politique et le passage de l’autoritarisme  à la démocratie pluraliste. Or, toutes ces « sommes »  sont passées comme des nuages au dessus de nos têtes, pour aller vers d’autres cieux où la stabilité et l’ordre des Etats forts et quelque part « non-démocratiques »,  rassurent les investisseurs et les Etats capitalistes libéraux.

La Tunisie s’est retrouvée un peu comme le dindon de la farce, auréolée de tous les prix prestigieux du monde y compris le Nobel  de la Paix, pour  conduite exemplaire et marche  irréversible vers la démocratie politique, mais « lâchée », économiquement,  parce qu’on ne prête qu’aux riches,  ou, aux Etats capables d’assurer la paix sociale et la stabilité.

Et là, dans un pays accablé par la fermentation « révolutionnaire » excessive, les milliers de grèves et de sit-in, et le blocage  de la production dans  des secteurs vitaux comme  le phosphate, le pétrole et le gaz, et d’autres industries lourdes comme à la cimenterie d’Oum Khelil, toujours fermée à ce jour, « l’Etat démocratique » tunisien n’a que ses yeux  pour pleurer !

Alors que faire, revenir à la « matraque »  des régimes dits « despotiques » et interdire les mouvements sociaux et les grèves qui bloquent  le pays, la production et l’investissement, ou continuer à chanter la démocratie, les libertés et les droits avec les caisses vides et l’investissement réfractaire. « Hadhi toujaâ… wou hadhi tekoui… »( les deux sont douloureuses !)

Finalement,  BCE, certainement déçu par le Davos, bien qu’en fin diplomate, il ne le dit pas, a bien fait de se faire représenter par son ministre des Affaires étrangères,  au forum mondial suisse. A quoi ça sert de jouer les beaux « figurants » et « décorer » les tribunes du Davos avec tous les honneurs de la communauté économique mondiale rendus à la Tunisie et BCE, pour services rendus à la démocratie universelle, alors que l’intendance ne suit pas !

Après la visite du Premier ministre italien, M. Paolo Gentiloni, toute aussi chaleureuse et prometteuse, dans notre pays, la France prend le vrai relais, avec cette visite très importante du président Macron et son staff.

Et nous devons continuer sur cette courbe ascendante du « bilatéral » avec l’Allemagne, l’Espagne, la Belgique ainsi que le Japon, la Chine, la Russie, et les pays arabes du golfe sans oublier l’essentiel avec l’Algérie, le Maroc et l’Egypte, en attendant la stabilité totale en Libye.

Ceci ne doit pas pousser à une certaine négligence de nos rapports  avec le FMI  et les fonds d’investissement internationaux et arabes.

Mais, la priorité  doit aller  au bilatéral avec des accords « gagnant-gagnant »  certes plus modestes que les promesses du G20, mais au moins  plus réalistes et immédiatement opérationnels.

Cependant, et au-delà de tous les apports généreux  de nos amis, solidaires de notre parcours  difficile pour ancrer définitivement  la démocratie, pour la première fois dans le monde musulman, il faudrait  que les Tunisiens se remettent  sérieusement au travail, qu’ils fassent « la grève à la grève »  pour plus de stabilité et qu’ils arrêtent de vouloir combiner  à l’infini, l’Etat faible politiquement et l’Etat dirigiste économiquement.

La liberté n’est pas divisible et même l’économie en a besoin.

Pour conclure, j’ai écouté avec attention,  cette semaine, l’excellente intervention de M. Tarak Cherif, président de la « Connect », à l’une des radios où il  a parlé, longuement de la nécessité  de libérer l’économie et l’investissement  du « dirigisme » imposé et prôné par les syndicats  et leurs fameuses « lignes rouges » qui bloquent l’évolution des entreprises publiques déficitaires et  sinistrées par la masse  salariale intenable et la dégradation majeure du matériel de production.

Il propose d’associer les privés  au renouveau  de ces entreprises et a donné l’exemple justement de la France et d’autres pays dans  le monde, où l’Etat ne possède plus  que 10 à 20% dans le capital  et la participation, des grosses  boîtes « publiques » et d’intérêt  général.

Il a,  entre autres, cité Air-France-KLM, Airbus ou les transports ferroviaires et autres, jadis totalement  « nationalisés » et qui sont, aujourd’hui, sauvées et prospères  grâce à la bonne gouvernance et au partenariat public-privé.

Continuer à « idéologiser »  l’économie  c’est tout simplement mettre la Tunisie dans le seul  modèle du genre dans   le monde qui y croit encore… la Corée du Nord !

K.G