Du burlesque... et de la critique acerbe! - Le Temps Tunisie
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Théâtre

Du burlesque... et de la critique acerbe!

Mercredi 31 Janvier 2018
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«On ne nous a pas payés, on ne paie pas» est la traduction du titre de la pièce de théâtre signée Mohamed Ali ElGali, interprétée par les comédiens Sameh Toukabri, Talel Ayoub, Ammar Ltif, Hamoud Hassine et Dhoh Ouni, adaptée à partir de la pièce de l’auteur dramatique italien Dario Fo «Faut pas payer! Non Si Paga! Non Si Paga! 1974, par Ghassen Hafsia. C’est une nouvelle création dont la première a été donnée à El Théatro, le vendredi 26 janvier 2018.

Dès le départ, l’intitulé de la pièce trace un léger sourire, ricanant et curieux sur les lèvres du spectateur, et suscite en lui l’envie de découvrir ce chantage rigolo, une équation qui parvient d’une certaine logique, d’une une évidence admissible.  Une pièce sociale sans doute, politique c’est clair, même si dans un second degré... une pièce actuelle, très actuelle même ! 

Le premier tableau nous installe dans le contexte général de la pièce. Le dépouillement de la scène rime avec le costume des comédiens qui détermine évidemment leur appartenance sociale. Il s’agit bel et bien de la classe des pauvres, des ouvriers exploités, dépouillés, opprimés, bannis ; des citoyens qui peinent pour vivre dignement et n’y arrivent pas, subissent toutes les injustices sociales y compris le poids de leur moral, de leur conscience, y compris les conséquences de leur boulot aliénant et réifiant ! 

Les personnages sont ahuris, abasourdis face à la flambée absurde des prix de l’alimentation, des nécessités vitales dont ils sont incapables de se fournir. Ils s’insurgent contre cette injustice et participent au mouvement populaire, en volant les aliments en brandissant le slogan qui apaise leur conscience et réfère une légitimité à leur acte « On nous a pas payés, on paie pas». 

A partir de ce premier tableau clef, les situations s’enchainent rapidement, les quiproquos  se tissent, et l’humour se dégage, de plus en plus acre, de plus en plus vif à provoquer l’hilarité. On ne peut s’empêcher de rire aux dépens de l’aspect qui se veut sérieux de l’approche théâtrale, aux dépens de l’amertume de notre vécu réel, aux dépens de nos souffrances quotidiennes.

le metteur en scène a tenté de nous présenter une esthétique théâtrale puriste sans décor ou presque, fort minimaliste, basée notamment sur les performances des comédiens qui avaient une énergie de jeu exceptionnelle, malgré la fragilité de leurs rôles complexes et pluriels pour certains comédiens, (je salue d’ailleurs leur esprit de coopération et leur perspicacité à interpréter les rôles)  en contrepartie, il a exploité un large espace théâtral, comprenant les intérieurs et les extérieurs scéniques, impliquant le public dans leur jeu et créant une certaine dynamique de la pièce.

Les questions abordées sont liées notamment à la condition sociale de la classe pauvre et marginalisée, la réification de la classe ouvrière largement exploitée et dont la conscience même est conditionnée, manipulée par certains slogans et préjugés étriqués, sans efficacité et fort aliénants ! Même ceux qui ont adhéré à leurs syndicats, ils ont réalisé combien cette idéologie est aujourd’hui fragilisée, affaiblie, inefficace, face à la réalité cuisante de leur vécu, à la nécessité vitale. 

Bien sûr, il s’agit de cette Tunisie souffrante, accablée, étouffée par les dérives de l’après- révolution et les retombées de l’incompétence du gouvernement, des pouvoirs démesurés des monopoles, de la corruption, des clivages et des conflits des mille et un partis... 

Faiza Messaoudi