Les prémices d’un total chamboulement - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 27 Mai 2018

Suivez-nous

May.
28
2018

Conjoncture politique

Les prémices d’un total chamboulement

Mardi 30 Janvier 2018
نسخة للطباعة

La guerre froide entre les mouvements de Nidaa Tounes et d’Ennahdha continue de battre de son plein. Le chef des islamistes, Rached Ghannouchi, vient d’annoncer, au cours d’un entretien accordé à un journal qatari, que les récentes mesures sociales annoncées par le gouvernement d’union nationale sont l’œuvre d’Ennahdha qui aurait donc réussi là où tous les autres acteurs politiques ont échoué : absorber la colère de la rue qui a éclaté en début du mois de janvier et faire sortir les autorités de l’impasse dans laquelle elles se trouvaient. Enchaînant sur le même exemple, le vice-président d’Ennahdha, Ali Laârayedh a, quant à lui, choisi de s’attaquer à ses alliés sur un autre angle. 

L’ancien chef du gouvernement a en effet annoncé que son parti a mis en garde Nidaa Tounes contre le flou et l’instabilité que pourrait provoquer un éventuel limogeage du chef du gouvernement Youssef Chahed. Ce même Laârayedh qui a déclaré, le 8 janvier courant alors que le pays s’enflammait un peu partout, que Nidaa Tounes est le seul responsable de la situation générale en rappelant qu’il détient, à lui tout seul, les trois présidences et qu’il est le seul décideur.

Ces propos viennent en réaction à ce qu’avait conclu le Nidaa au lendemain de son large échec aux élections législatives partielles en Allemagne. Battu devant le bloggeur Yassine Ayari, Nidaa Tounes avait pointé du doigt Ennahdha et a conclu à la faillite de son alliance avec le mouvement islamiste. 

Les Nahdhaouis ont attendu quelques temps avant de riposter et maintenant qu’ils l’ont fait, la guerre froide risque de connaître des escalades vertigineuses d’autant plus que les relations entre Rached Ghannouchi et le président de la République, Béji Caïd Essebsi, semblent tourner au vinaigre après l’épisode de Davos.

La faillite du système consensuel et les divergences désormais confortablement installées entre les ogres du pouvoir a permis à certains de mieux s’avancer dans leurs projets. Ceci est l’exemple de la Coalition civile qui a finalement réussi, après de longues semaines de négociation entre les onze partis politiques qui la composent, à s’organiser pour se présenter au grand public sous son meilleur jour. Ainsi, on a récemment appris que ces onze partis se présenteront aux élections municipales avec des listes communes et qu’ils continueront à mener leurs discussions pour un éventuel rapprochement en vue des législatives et de la Présidentielle de 2019. Objectif trop ambitieux pour certains d’autant plus que ces onze partis ont presque tous à leur tête des personnalités aux egos démesurés…

De l’autre côté de l’opposition, là où coexistent désormais paisiblement Courant démocratique, Al Irada et Front populaire, les choses semblent aller bon train avec quelques petites complications. Alors que l’ancien président provisoire de la République, Moncef Marzouki, annonçait fièrement que son parti – fondé au lendemain de son échec au second tour de la Présidentielle de 2014 – compte collaborer, pour les municipales, avec d’autres composantes de la scène politique à l’instar du Courant démocratique. 

Intervenant sur les ondes d’une radio locale, Mohamed Hamdi, récemment désigné dirigeant au sein du Courant, a confirmé les propos de Marzouki tout en expliquant que les négociations pourraient même être menées avec le Front populaire. Le hic c’est qu’un autre dirigeant du Courant démocratique, Mohamed Larbi Jelassi, a annoncé que ce dernier entamera les élections municipales avec des listes purement et exclusivement partisanes et ce afin qu’il puisse assumer, plus tard, ses pleines responsabilités face à ses électeurs.  Il précise pour autant que quelques exceptions seront peut-être faites avec des listes indépendantes ou partisanes qui doivent être validées par le bureau politique. Des incohérences qui font douter de la sincérité du projet dans sa globalité.

Malgré ces faux pas, les partis de l’opposition, indépendamment de leur ADN, profitent plutôt bien de la situation chaotique dans laquelle se trouvent Nidaa Tounes et Ennahdha et cela peut laisser croire à un éventuel total chamboulement le 6 mai prochain.

Salma BOURAOUI