Mémoire du temps présent: Après la poussée des protestations.. La démocratie à l’épreuve de la pression de la rue - Le Temps Tunisie
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Mémoire du temps présent: Après la poussée des protestations.. La démocratie à l’épreuve de la pression de la rue

Dimanche 28 Janvier 2018
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Par Khaled Guezmir -

L’économie semble reprendre petit à petit ses droits dans une cité marquée par une consommation de masse « politique » et une effervescence sociale d’une extrême intensité depuis 2011. Il en est résulté un appel pour la Démocratie pluraliste  et la multiplicité associative avec un affaissement du pouvoir exécutif et de la transcendance de l’Etat.

C’est bien connu, universellement, la démocratie  ne s’épanouit qu’avec un renoncement de l’exécutif à l’autoritarisme.

L’exemple vient de la mère des démocraties, l’Angleterre  où les chartes anglaises depuis 1215, ont soumis le monarque « Roi de droit divin » à des concessions touchant son pouvoir absolu au profit du Parlement et des cours de justice, pour arriver enfin à ce fameux « Bill of Rights » de 1689, qui inspirera un siècle plus tard, et la révolution américaine  en 1776 et la révolution française en 1789.

Mais, tout  cela a été compensé par l’Etat de droit et l’institution de la « loi » comme mesure « obligatoire » et « sanctionnée » comme l’a défini le maître carré de Malberg. Sans cela,  aucune démocratie ne peut tenir face à l’extension prévisible de l’anarchie et de la rébellion au nom des libertés et des droits acquis.

La plupart des doctrinaires politiques depuis Aristote redoute la « Rue », parce que charriant  des passions fanatisées et ennemies de la raison pragmatique.

Alexis de Tocqueville en classant la priorité des droits humains, a mis à la tête du podium « la sécurité » (ou ce que les juristes désignent par la sûreté), puis  la justice et a placé la « liberté »  en 3ème position.

Et voilà qu’avec un bond de plus de deux siècles, nous y sommes en plein en Tunisie où la valse à trois temps n’en  finit pas de nous tourner la tête !

La révolution  pacifique et civilisée qui a dégagé la « dictature » s’est installée peu à peu dans le désordre sécuritaire et social pendant plus  de sept ans et ce n’est pas peu, car c’est l’économie qui est décapitée.

Malgré un Parlement pluraliste  où toutes les chapelles politiques et idéologiques sont représentées, la « Rue » est restée la principale « institution » à imposer « ses » lois, celles d’une minorité  agissante contre la « volonté générale » chère à J.J.Rousseau et les lois de la majorité parlementaire.

Rien qu’avant-hier, une petite « manif »  place du Parlement  au Bardo, demandait l’annulation de la loi des finances de 2018, votée pourtant par l’ARP avec la participation des quelques députés qui conduisaient la manif. Or, en démocratie, les majorités font les lois et si la minorité les trouvent « injustes » ou mauvaises, elles n’ont qu’à travailler pour être la future majorité aux prochaines élections.

Par conséquent, la Tunisie s’installe  dans un cycle  infernal où la  mobilisation sociale  et celle de la rue font la loi !

Du coup, pourquoi alors  tous ces sacrifices pour installer la démocratie des institutions qui nous coûtent les yeux de la tête, si « la loi » de ceux qui prennent en otage le pays par la rue et ceux qui possèdent  les outils  et les manœuvres de la mobilisation sociale, ont la haute main sur le pays.

Le système  politique  tunisien semble être encore en période de recherche des voies vers l’équilibre, pour le moment  instable,  entre les exigences  de l’Etat de droit et les aspirations du populisme social.

Les organisations de masse,  qui mobilisent, elles aussi, à tout vent doivent comprendre  que le pays a besoin de pause  sociale  pour redresser  l’économie, avant de revendiquer le partage des dividendes. Continuer à souffler le chaud et le froid un jour en faisant miroiter le déclenchement « de la grève générale contre les grèves, et un autre à le démentir  à la télé parce que contraire à un « droit constitutionnel » lié au droit de grève, c’est tout simplement enfoncer le pays dans le doute et le scepticisme.

Plus que jamais le moral de la nation a besoin de signaux forts… « La paix sociale maintenant et pour trois ans minimum » ! Sans cela… la poule aux œufs  d’or sera achevée par ceux-là même qui en sont les premiers « Rentiers » et bénéficiaires en ce moment !

Attention, la Tunisie peut se relever rapidement, si les acteurs économiques  et sociaux font bon ménage,  pour le bien de tous !

La force est souvent trompeuse,  parce qu’elle casse au premier choc !

K.G

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