Une visibilité pratiquement nulle - Le Temps Tunisie
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25
2018

Mémoire du temps présent.. Scène politique et élections municipales

Une visibilité pratiquement nulle

Jeudi 25 Janvier 2018
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Par Khaled Guezmir

Les sondages s’affolent à l’image du pays et rien ne semble satisfaire les Tunisiens puisque 80% des sondés hier, par « Sigma », n’ont pas le moral avec une baisse de crédibilité générale de la classe politique. C’est dire qu’à la veille  des grandes manœuvres pour les municipales, la visibilité est pratiquement nulle et le risque d’une « absention-sanction », risque d’être plus que retentissante.

Finalement, à quoi sert la démocratie  locale, si elle va prolonger à l’infini ce délabrement général vécu au quotidien depuis 7 ans et qui a fait de nos villes des dépotoirs à ciel ouvert. Le problème est-il de donner un coup d’accélérateur à la décentralisation ou d’avoir les ressources financières et économiques en temps de disette et de crises ?!

Beaucoup de gens parmi les « leaders » des partis  qui vivent  la fermentation permanente, et visent le pouvoir sans pouvoir rassurer, disent la chose et son contraire.

Ils sont favorables au pouvoir « local »  mais réclament aussi un « Etat fort », de quoi faire rêver les politistes d’un nouveau  système de centralisation politique et administrative mais qui accepterait de déléguer  bien des pouvoirs aux régions et aux communes !

La Tunisie est-elle suffisamment stable, pour réussir cette  équation unique de par le monde d’avoir « le plus d’Etat » pour créer « le moins d’Etat !? ».

De fait, nous voulons le beurre et l’argent du beurre… la démocratie politique, l’égalitarisme social, la liberté d’entreprendre  base de l’économie libérale et l’Etat gestionnaire à part entière des domaines concurrentiels y compris le commerce et l’import export.

En vérité, et c’est ce que la classe politique agitée ne veut pas reconnaître, l’économie a subi trop  de dégâts du fait  de l’instabilité politique et sociale des sept dernières années. Les milliers de milliards de manque à gagner, dans les phosphates, le pétrole, les avoirs en devises du tourisme et toutes  ces entreprises qui ont mis la clé sous le paillasson, suite à l’avalanche des grèves, des sit-in et des arrêts de travail,  ont décapité les finances publiques et accéléré la descente au purgatoire du Dinar par rapport à l’Euro et au Dollar.

Or, pour remettre cela à niveau  il faut plus que des discours ravageurs contre les pouvoirs en place et les coalitions fragiles. Beaucoup de ceux qui offrent légitimement leurs services à la Nation, pour la sauver de cette crise  persistante, étaient  soit au pouvoir soit proches des pouvoirs exécutifs  et législatifs.

Certains ont mis la main à la confection de la Constitution qui a enfanté le système actuel. D’autres ont été ministres et conseillers influents. Par conséquent,  ils ont suffisamment d’expérience pour savoir que redresser  l’économie aujourd’hui, sans stabilité politique relève du mirage. Une pause doit être  observée non seulement politique mais même au niveau législatif. Un grand homme d’affaires me disait il y a quelques jours : « Nous fabriquons trop de lois nouvelles en Tunisie… les gens ne savent plus où donner de la tête… y compris, les experts » !

Là, il rejoint tous les grands doctrinaires  politiques depuis  l’antiquité : « Quand les lois sont nombreuses et mauvaises personne ne les applique ». Et comme la nature humaine a lié la « survie » à « l’adaptation », le « parallèle » et « l’informel » deviennent la légalité pratiquée à défaut de la légalité praticable !

La Tunisie se trouve coincée entre la nécessaire stabilité qui ne plaît pas aux ambitieux et la nécessaire réforme qui doit se faire dans l’apaisement et la continuité.

Tiens, M. Taboubi, secrétaire  de l’UGTT en a touché un mot avant-hier, à Gafsa… Il commence à comprendre, en homme responsable qu’on ne peut pas tout avoir par l’occupation de la rue  et l’anarchie et que le pays a besoin de stabilité pour pouvoir redémarrer sur la voie de la croissance, seule capable d’assurer un partage équitable  de la richesse… qu’il faut créer !

Encore une fois, il vaut mieux  partager l’aisance que de partager la pauvreté !

K.G