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Tunis Mardi 18 Décembre 2018

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Dec.
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2018

Mémoire du temps présent : Sur-pouvoirs politiques et sous-pouvoirs économiques

La Tunisie malade de ses politiciens

Dimanche 21 Janvier 2018
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Interdits de politique pendant les 23 ans de Ben Ali, la gauche comme la droite ont eu largement le temps de récupérer le temps perdu et de soumettre la Tunisie à une overdose politique jamais atteinte depuis les guerres puniques de l’antiquité !
Notre Parlement en tout point ressemblant à celui qui siégeait à Carthage il y a plus de 2000 ans et qui a été à l’origine de ses faiblesses structurelles militaires et économiques, ouvrant la voie à l’armada hautement discipliné de Scipion pour « corriger », à Zama, le général Hannibal et l’obliger à l’exil en Asie mineure, s’installe depuis la révolution dans la contestation de  tout et de rien avec cette particularité unique en régime parlementaire démocratique, des minorités qui font les lois !
Tout cela revient à l’importance accrue de l’idéologie aussi bien « islamiste » côté droite que « socialo-marxiste » côté gauche, le tout arrosé d’une bonne sauce populiste, dans notre vie quotidienne, qui fait que l’on nage à longueur de débats dans les querelles des années 60 du siècle dernier !
Laisser pourrir le secteur public à l’infini au nom de la sacro-sainte interdiction de toucher à son immunité institutionnelle parce que le bon vouloir des syndicats de gauche prédomine en ce moment et bloque toute velléité  de réformes sérieuses et approfondies, c’est nous offrir ce spectacle affligeant de nos entreprise publiques condamnées à gérer les situations les plus intenables aussi bien financières que celles relatives à l’équipement. Qui aimerait être, aujourd’hui, à la place du PDG de Tunisair ou de la SNCFT, avec un personnel pléthorique,  une masse salariale volumineuse et un matériel hors d’usage, amorti depuis plus d’une décennie ? Remplacer la flotte actuelle de Tunisair demande plus que des discours enflammés et des accusations politiciennes de «privatiser» la compagnie nationale tant adulée par les Tunisiens depuis sa naissance pour ses performances et son personnel navigant et au sol, impeccable leader dans la région et cité souvent en exemple de réussite dans le domaine de l’aviation civile.
Résorber les 3000 millions de dinars de déficit de la CNAM, demande aussi plus que des dénonciations houleuses de «corruption», à l’emporte-pièce contre certains de ses administrateurs, ce qui reste à prouver, mais une véritable refonte de l’assurance maladie et la rationalisation des couvertures conformément aux droits des affiliés légaux et non pas conformément au fameux concept de «Rizk al beylik» (le patrimoine public… du Bey) !
Les hôpitaux que tout le monde s’accorde à dire qu’ils sont dans un état de régression ascendante et permanente depuis la révolution et même avant, fonctionnent comme les maisons du bon Dieu, parce que la philosophie sociale de l’Etat national indépendant était de prendre en charge pratiquement 80% de la population, presque gratuitement, pour des soins  devenus avec les nouvelles technologies et les progrès scientifiques et médicaux, de plus en plus chers et donc, insupportables pour les budgets en temps de disette que nous vivons.
Une décision «politique» vient d’élargir l’accès aux soins gratuits à plus de 600.000 chômeurs… Alors comment gérer ces hôpitaux déjà sinistrés par l’encombrement et le manque de moyens financiers pour y faire face ! Seule la Tunisie s’apparente à la maison des miracles depuis 2011 !
J’en arrive à ce concept du « sur-pouvoir »  politique développé par un de nos maîtres, le sociologue politiste Roger-Gérard Schwartzenberg, qui démontre qu’à force de déploiement de son arrogance « idéologique » le politique finit par écraser l’économie et la pousser à la déconfiture parce que ingérable selon les nomes de la rigueur économique et financière.
Le drame, c’est qu’en Tunisie on veut tout et vite depuis la révolution qu’on a assimilée  à une clé d’accès au « paradis »  sans comprendre  que le paradis se mérite, par le travail, le pragmatisme et la planification sereine.
On veut du social aux normes européennes… mais nous ne faisons rien pour avoir une économie à l’européenne, où celle-ci est un «sur-pouvoir» et non un «sous-système» contrôlé par l’idéologie !
Les choses sont de plus en plus compliquées, quand en plus le «sur-pouvoir politique» s’obstine à démolir l’économie au nom d’un égalitarisme, impossible à réaliser faute de croissance à partager.
Le nouveau président de l’UTICA, M. Samir Majoul, en homme averti, et en bon vieux routier de père en fils au sein de la centrale patronale historique, l’a bien martelé après son investiture : «Yezina missayassa… netalhaw chouwaya bil iktissad», (arrêtons la politique… et occupons nous un peu d’économie) :
Mais, le mal est tellement profond qu’on se demande comment on peut y arriver…. Car la «politique» a pris trop d’avance sur l’économie devenue un «sous-système» en quête de thérapie en profondeur.
Tant qu’on ira aux urnes pour ne défendre que les «droits» des citoyens sans leur demander le respect de leurs «devoirs»… le pays continuera à s’enfoncer et à subir la loi des «sur-pouvoirs» du populisme social et politique qui ne tiennent pas compte des réalités du pays et de l’environnement économique mondial. «Les rentiers» du système social et de l’Etat providence doivent savoir qu’il n’est pas éternellement viable, sans discipline de travail et sans paix sociale sur la durée. Quant à l’idéologie, il faut aller en Chine et en Asie du Sud-Est pour comprendre qu’elle a été enterrée avec la révolution culturelle et la dictature de la misère!

 

Par Khaled Guezmir