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Mémoire du temps présent: Acteurs politiques et société civile.. Allégeance à la Tunisie et à elle seule !

Dimanche 31 Décembre 2017
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Par Khaled Guezmir -

Une démocratie peut-elle fonctionner et vivre sans partis, associations ou syndicats !

Certainement pas, car il s’agit d’instruments conçus pour canaliser les appels et les exigences des citoyens et encadrer les masses populaires et les professionnels dans tous les secteurs d’activité économique et humaine. Vient ensuite la mobilisation pour la quête du pouvoir sur la base de programmes et de projets politiques, économiques et de société.

D’où l’émergence, selon les époques de nouvelles générations d’acteurs politiques qui viennent s’ajouter ou remplacer les anciens porteurs de la vieille classe politique. Universellement, l’acte politique, qui vise le pouvoir doit se plier à l’intérêt général et le servir !

En Tunisie, et à cela, comme dans la plupart des pays  anciennement colonisés, vient s’ajouter une exigence essentielle, fondamentale et non négociable : l’allégeance à la Tunisie, son drapeau, sa culture et sa spécificité moulés sur plus de 3000 ans d’histoire, car ce pays a été capable de digérer toutes les influences externes charriées par des invasions successives, mais sans jamais altérer l’essentiel de cette Tunisie multiple, sa douceur de vivre et sa vitalité à travers les siècles.

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à de nouvelles vagues « d’influence » qui viennent de l’extérieur mais avec des supports internes. A titre d’exemple, la propagation du communisme dans les années 20, 30 et 40 du siècle dernier, après la Révolution d’octobre 1917, en Russie, suivie de celle de la Chine et d’autres satellites en Asie, et en Amérique latine, a été bien timide et n’a pas réussi chez nous, malgré des supports internes, puisque nous avions un parti communiste et des syndicats de la même famille idéologique, tout simplement, parce que identitairement le mouvement nationaliste tunisien destourien majoritaire, était plutôt d’essence libérale bien que progressiste culturellement.

Or, ce que nous vivons aujourd’hui, c’est quelque chose de similaire, mais un peu plus compliqué que le précédent, L’expansion de l’islamisme politique avec la Révolution iranienne et les percées des « Frères musulmans » qui ont enfanté Al Qaïda et ses dérivés dont Daëch, aidés en cela par la complicité évidente de l’Occident américain et ses stratégies, qui voulaient les manipuler pour détruire l’empire soviétique, au départ, et affaiblir les potentialités arabes et consolider l’hégémonie d’Israël à l’arrivée, cette expansion islamique a failli prendre possession de la Tunisie suite à la Révolution de janvier 2011 !

Mieux encadrés, idéologiquement et structurellement, les partis islamistes qui vont des modérés d’Ennahdha, aux radicaux salafistes d’Anssar Achariaâ, ont pris le contrôle de l’Etat national moderne fondé par Bourguiba et les destouriens et de la société tunisienne, à plus de 70% puisqu’ils ont remporté les premières élections de la Constituante haut la main en 2012.

Mais contrairement à Bourguiba et ses pairs du début de l’indépendance, très jaloux de la souveraineté tunisienne et de sa liberté de décision et des choix internationaux, les islamistes ne se reconnaissent pas dans le « nationalisme » étroit et ses frontières limitées des Etats unitaires. Pour eux, l’objectif c’est la « Oumma » (la grande Nation musulmane) et le retour au Califat.

D’où cette quête d’alliances avec tous les porteurs de ce projet et une certaine allégeance donnée « secrètement » au Qatar et plus manifestement à la Turquie d’Erdogan qui monte en puissance d’abord par sa réussite économique, sa croissance et le poids de son armée formée aux normes de l’OTAN et aussi, par son militantisme pour la Palestine et sa capitale éternelle, Al Qods (Jérusalem), volée par Israël grâce au coup de pouce de son premier allié, M. Trump.

Tout cela, est de nature, à créer l’amalgame inévitable entre cette sensibilité tunisienne vis-à-vis de la Palestine et d’El Qods, et l’intégration à une stratégie turque de polarisation autour du rassemblement islamique le plus large… y compris, la Tunisie. Dans ce contexte, avouons que la Turquie est la mieux placée pour jouer les locomotives du renouveau islamique, après l’échec cuisant du nationalisme arabe, à donner une crédibilité mondiale respectable, à ce continent qui va de l’Atlantique à la Chine et l’Inde jusqu’aux frontières russo-balkaniques.

La dernière visite du Président turque, Racep Tayïib Erdogan, en Tunisie, avait valeur de test…. Et quel test ! Malheureusement, engagée dans l’improvisation totale des deux côtés, elle s’est terminée en queue de poisson et beaucoup de frustrations de part et d’autres.

Erdogan attendait certainement un accueil plus chaleureux et motivant surtout de la société civile et des partis, à côté du protocole officiel. D’où sa frustration bien visible et un peu ce salut provocateur de « Rabaâ », la main à quatre doigts, symbolisant la résistance des frères musulmans en Egypte contre la prise du pouvoir du général Essissi. Ceci, d’une part, et d’autre part, la réaction toute en finesse mais bien déterminée de M. Béji Caïed Essebsi, de bien préciser les limites des investigations turques en terre tunisienne !

Après ces « flops », bien malheureux des deux côtés, c’est encore une fois à l’économie de réparer les pots cassés et à la diplomatie de tenter de cicatriser tous ces malentendus.

Pour conclure, prenons de la Turquie, le meilleur ! Sa discipline, sa croissance, l’aménagement de ses villes propres, ses transports et ses trains impeccables ainsi que son traitement de l’environnement inspirés par les Allemands. Tout cela, dans un esprit gagnant-gagnant honnête et loyal et surtout respectueux de la souveraineté et de la spécificité tunisienne, malgré une forte présence des islamistes locaux un peu trop pressés de faire allégeance au nouveau leader du monde musulman, notre ami… notre frère, M. Erdogan !

K.G

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