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Elections municipales: Faut-il s’attendre à une percée des indépendants ?

Dimanche 31 Décembre 2017
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Elections municipales: Faut-il s’attendre à une percée des indépendants ?

La déconfiture des partis aux récentes élections législatives partielles dans la circonscription d'Allemagne, qui ont été remportées par un blogueur anti-système très controversé, a relancé le débat sur la place que pourraient occuper les indépendants à l’issue des prochaines échéances électorales.

Certains analystes estiment que le taux d’abstention très élevé prévu lors du premier scrutin local de l’après-révolution, qui doit mettre fin à la gestion des municipalités par de simples délégations spéciales en charge d’expédier les affaires courantes, pourrait favoriser les listes indépendantes.

Durant les législatives partielles dans la circonscription d'Allemagne, l’abstention a en effet atteint un sommet jamais enregistré auparavant. 1326 électeurs seulement sur plus de 26.000 inscrits se sont rendus aux quatre centres de vote répartis entre Berlin, Hamburg, Bonn et Munich. Cela représente  un taux général de participation de 5% contre 29% durant les législatives de 2014. Le vainqueur du scrutin a remporté 284 voix, soit 1% des voix des personnes inscrites sur les listes électorales et moins de 0,5% des voix des électeurs potentiels!

Selon un sondage d’opinion publié récemment par Emrhod Consulting, 28% seulement des Tunisiens envisagent de passer aux urnes  des prochaines élections municipales. 54% des Tunisiens ne comptent pas aller voter  et 18% ne se prononcent pas à ce sujet. L’institut Sigma conseil a, quant à lui, révélé récemment que le taux d’abstention au vote lors des élections municipales atteindrait les 69,2%. Ces chiffres traduisent une forte désaffection des Tunisiens à l’égard de la chose publique d’autant plus que les partis politiques sont honnis et voués au mépris d’une large partie de l’opinion publique. 

Pour les experts, les listes indépendantes ne sont pas pour autant bien placées pour rafler la mise lors des prochaines élections. Et pour cause : durant les législatives partielles dans la circonscription d’Allemagne, l’achat de voix était absent tout comme les autres pratiques clientélistes. Ainsi,  le boycott des urnes devrait logiquement profiter aux grands partis bien structurés, dotés de ressources financières conséquentes et disposant de machines électorales pouvant mobiliser leurs sympathisants. De même, le scrutin local met souvent en avant des personnalités ayant un rayonnement à l’échelle locale et obéit aux lois de l’appartenance claniques et familiales. «L’abstention profitera naturellement aux grands partis et non aux listes indépendantes ou aux petites formations politiques. Les grands partis sont en effet capables de mobiliser un électorat discipliné et acquis à leurs thèses», souligne la présidente de l’Association tunisienne pour l’intégrité et la démocratie des élections (ATIDE), Leïla Chraïbi.Le seuil électoral qui a été fixé à 3% causera aussi un grand éparpillement des voix. «Des centaines de milliers de voix qui auraient pu profiter à des petites formations politiques ou à des listes indépendantes risquent en effet de se perdre», indique-t-elle.

D’autre part, le scrutin municipal est de nature très complexe. Seuls les grands partis dotés de moyens humains et financiers considérables auront la possibilité de présenter  des listes dans toutes les 350 circonscriptions électorales. Chaque parti qui souhaite participer dans l’ensemble des circonscriptions est en effet tenu de présenter 7200 candidats.

Sur un autre plan, la constitution des listes est  très difficile. La loi électorale relative aux municipales impose en effet une parité horizontale et verticale en plus d’une représentativité de 30% de jeunes sur les listes. Le financement public ne sera pas cette fois-ci accordé aux listes candidates avant le vote. Et seules les listes ayant obtenu au moins 3% des suffrages exprimés auront le droit au financement public.

Au vu de la complexité de l’opération électorale, les observateurs s’attendent à ce que deux partis seulement soient capables de présenter des listes dans toutes les circonscriptions. L’ouverture aux indépendants et le jeu d’alliances  permettront tout au plus aux petites formations de présenter des listes dans les grands centres urbains et les villes à forte densité démographique.

Des indépendants appartenant à certaines sensibilités révolutionnaires et plus généralement aux courants dits «antisystème» pourraient cependant profiter de l’abstention pour se glisser par la fente des urnes. 

Walid KHEFIFI