Les vœux d’Anne Frank à Ahed Tamimi… - Le Temps Tunisie
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Chronique

Les vœux d’Anne Frank à Ahed Tamimi…

Dimanche 31 Décembre 2017
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J’ai vécu beaucoup de choses tu sais. Mais pas assez, pas suffisamment longtemps pour avoir la chance d’étreindre le bonheur. D’échapper à mon calvaire, de sortir de ma prison. Pas assez pour te connaître. Je crois qu’on aurait pu devenir amies. Nous ne sommes pas responsables de la politique de nos pays. Et c’est aux peuples de décider de leur sort pour ne pas reconduire les erreurs passées, les injustices passées, les horreurs passées. Les politiques se trompent souvent et nous entraînent dans leur sillage. Mais ils le font sciemment et c’est nous, qui n’avons pas été consultés, qui n’avons pas donné notre avis qui en payons le prix. Tout se paie. Notre incapacité à agir aussi. Et puis, il y a la lâcheté des hommes et des femmes qui s’installent dans leur confort personnel, dans cet égoïsme effrayant mais tellement humain, qui conforte ces choix-là. Par notre silence nous sommes toujours complices.

 Ahed Tamimi tu es ma sœur de l’autre côté des barreaux. Je croise les doigts, en ce nouvel an, pour que ton sort soit meilleur que le mien au final. Que tu aies la chance de grandir, de devenir une belle femme, ce que tu es déjà, et que tu quittes ta prison si injuste ! Je ne parle pas de la prison où tu es enfermée aujourd’hui parce que tu as exprimée ta colère de petite fille contre ces soldats qui enserrent ta ville. Je parle de cette prison à ciel ouvert où tu as ouvert tes yeux au monde et qui doit t’étouffer jusque dans ton sommeil. Moi, Anne Frank, qui a espéré jusqu’à la dernière seconde de pouvoir échapper à l’horreur, je te tends la main par-delà la mort, qui m’a empêché d’aimer, et de devenir cette jolie femme brune sur laquelle se seraient retournés les hommes dans la rue, pour te dire qu’il ne faut pas arrêter d’espérer. Et pour te dire aussi que j’ai honte de ce que sont devenus les miens. Une grande partie des miens qui ne regardent plus que leur propre nombril, et ont oublié toute trace d’humanité en eux. Je voudrais te dire à toi la Palestinienne aux cheveux couleurs de blé du « Petit Prince »,  que la petite juive aux cheveux noirs est ton amie par-delà l’absence. Parce que je suis toi et parce que tu es moi. Une petite fille qui souffre et que personne n’entend…

Samia HARRAR

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