La moisson des débuts du vingtième siècle - Le Temps Tunisie
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Premiers pas du cinéma en Tunisie

La moisson des débuts du vingtième siècle

Jeudi 28 Décembre 2017
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Pour qui voudrait retracer les premiers pas du septième art dans notre pays, l'ouvrage "L'histoire du cinéma en Tunisie" de Omar Khlifi constitue la référence incontournable. A travers ce livre revivent les salles d'hier et les premiers films tournés dans notre pays. Gros plan sur les tournages du début du vingtième siècle...

Si l'on regardait rétrospectivement un siècle en arrière, nous verrions que le cinéma a très tôt fait ses premiers pas en Tunisie. En effet, les premiers films tournés dans notre pays l'ont été par les opérateurs des frères Lumière dès 1896, c'est à dire moins d'un an après l'invention du cinématographe.

Quand le documentaire était tout le cinéma

Ces films Lumière étaient très courts et ne duraient qu'une minute et ils sont toujours disponibles à la Cinémathèque française. Leur dernière projection en Tunisie remonte aux années soixante et ils mériteraient d'être revisités pour les jeunes générations. Ces documents sont au nombre de douze et permettent de découvrir le bey et son escorte, les principales portes de Tunis, des marchés et des souks.

Les documentaires seront d'ailleurs nombreux à être tournés en Tunisie à cette époque. C'est ainsi que Raoul Grimoin-Sanson tournera en 1899 une série de documentaires avec pour thème Sousse, Bizerte et quelques scènes de vie rurale. Ces films avaient été présentés à la Foire universelle de Paris en 1900. Toujours dans ce sillage, Félix Mesguich qui fut l'un des opérateurs Lumière les plus réputés tournera de nouveaux documentaires en 1905, filmant Tunis, Carthage, Kairouan, Matmata, Gabès et Djerba.

Genre dominant, le documentaire aura aussi les faveurs des premiers cinéastes tunisiens à l'instar de Albert Sammama Chikly qui réalisera en 1909 un court métrage à partir de vues aériennes réalisées autour de Tunis. De même, en 1911, les toutes premières actualités filmées auront pour thème la visite en Tunisie du président français Armand Fallières. Un film couvrira son séjour tunisien et sera projeté après avoir été totalement développé et monté en Tunisie. Une première qui débouchera sur la longue tradition des actualités projetées en avant-programme dans les salles de cinéma jusqu'aux années soixante.

La singularité de "Maârouf le savetier"

Il faudra attendre 1919 pour assister au premier tournage d'un long métrage de fiction en Tunisie. Ce film est intitulé "Les cinq gentlemen maudits" et avait été réalisé par Luitz Morat qui déjà mettait en scène des aventures improbables avec force de décors exotiques, de femmes voilées et d'indigènes en haillons. Cette imagerie orientale aura la peau dure et marquera les premiers tournages dans le pays. Plusieurs films seront ainsi produits durant les années vingt, notamment "Les contes des mille et une nuits" de Victor Tourjanski n 1922 ou "L'Arabe" de Rex Ingram en 1923. Citons aussi "Barocco" de Charles Burgnet (1925) ou encore "La Maison du Maltais" de Henri Fescourt (1927).

Au cours de cette période, un film se distingue. Il s'agit de "Maarouf le savetier", réalisé en 1921 par Rogert Dessort sur un scénario de Taieb Belkhiria qui serait ainsi le premier scénariste à avoir signé un film. Ce film inspiré des contes de Schéhérazade sera projeté à Tunis après une première parisienne. C'est au Palace que ce film sera montré le 11 novembre 1921 puis il sera projeté sur l'écran de l'Omnia Pathé, la doyenne des salles de cinéma de Tunis. Notons que parmi les figurants, de nombreux Tunisiens étaient présents dans cette oeuvre. Ce n'est que quelque temps plus tard que le fameux Sammama Chikly réalisera ses deux films "Zohra" et "Ain Ghezal" considérés comme les premiers films de fiction tunisiens.

Hatem BOURIAL 

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