Pour l’émergence d’un parti social démocrate libéral - Le Temps Tunisie
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Mémoire du temps présent.. La réconciliation entre le bourguibisme et l’islamisme est-elle possible?

Pour l’émergence d’un parti social démocrate libéral

Jeudi 28 Décembre 2017
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Par Khaled Guezmir

La Tunisie vit un déficit de crédibilité énorme au niveau des Partis politiques, tous sans exception. Les Tunisiennes et les Tunisiens ne se reconnaissent plus dans ces appareils qu’on attendait comme « libérateurs » de l’ancien système de « Dictature » et constructeurs de la Démocratie pluraliste tant espérée et attendue depuis la déposition du Président Bourguiba et l’avènement du 7 novembre 1987, avec sa fameuse déclaration qui promettait une démocratisation du système politique n’ayant jamais abouti.

Le paysage partisan s’est effrité en plus de 200 partis et mouvements avec deux dominantes essentielles, la première, s’attachant au référentiel « Bourguibiste » et destourien, la deuxième s’attachant au référentiel islamiste large qui va de la Zitouna aux « frères musulmans », aux salafistes, pour atteindre le plus souvent, les courants de l’islamisme politique radical.

La 3ème composante de la gauche plurielle qui va d’El Massar (ancien Parti communiste tunisien), à la Jebha Chaâbiya (Front populaire), trop endoctrinée et collée aux vecteurs idéologiques des années 1960, de la lutte des classes et de la « Dictature du prolétariat », malgré un populisme actif, n’a pas pu s’identifier au socialisme démocratique moderne, tel que pratiqué par les grands partis socialistes d’Europe, à l’image du S.P.D allemand, du Parti travailliste anglais ou du Parti socialiste français, eux-mêmes en quête d’adaptation aux nouveaux courants du libéralisme social et du socialisme libéral qui prédominent, aujourd’hui, dans le monde.

Ceci dit, ces courants « populistes » marginaux bien que peu représentatifs au niveau des institutions et de l’Etat, arrivent à influencer une partie non négligeable de la jeunesse qui a perdu ses repaires et qui n’arrive pas à s’identifier aux courants dominants du « Bourguibisme » dévalorisé par Ben Ali et sa gestion catastrophique de l’éthique de l’Etat, et de l’islamisme politique véhiculé par Ennahdha (héritière du M.T.I), dévalorisé, lui aussi, par l’ancrage à un modèle de société sclérosé et non adapté au monde moderne et au rythme du globe.

D’où la nécessité de réfléchir à un nouveau modèle d’encadrement politique et idéologique qui peut concilier le Bourguibisme social-démocrate et modernisateur avec l’islamisme comme culture libérale et conservatrice de l’identité spécifique du peuple tunisien.

Pour cela, il faut de l’audace de part et d’autre et du courage politique pour tourner les pages conflictuelles du passé et intégrer l’évolution planétaire en tenant compte des réalités tunisiennes. La démarche consisterait à une reconnaissance mutuelle de ce qui unit pour lancer le nouveau modèle sociétal et politique.

Par ailleurs, c’est « l’économie » qui peut être le bon catalyseur pour sculpter le nouveau modèle. Aussi bien les « destouriens bourguibistes » que les « islamistes conservateurs » ont besoin de se projeter dans l’économie du progrès de par le monde. Or, cette économie… son leader, c’est la Chine, depuis Deng-Xiapeng et non pas l’Amérique ultra libérale, ou la Russie, anciennement soviétique et collectiviste.

La Tunisie a besoin, aujourd’hui, d’un grand et nouveau parti libéral et social adossé à un socle identitaire solide, mais non excessif et contraignant. Pour cela, il faut « libérer » l’Islam de l’islamisme politique salafiste au sens large. Ennahdha doit opérer une mutation profonde pour se réconcilier avec la modernisation culturelle et sociale. Son 10ème congrès a été une étape, mais très timide, car la séparation du « daâwique » du « partisan », ne convainc personne et Ennahdha n’arrive pas à être crédible et donner l’image réelle d’un parti civil et démocratique.

Les Tunisiennes et les Tunisiens n’y croient pas du tout et les dernières manifestations « daâwiques » de M. Habib Ellouze, membre influent et fondateur du mouvement islamiste et de la « choura », ont été accueillis par une marée de critiques acerbes, dévalorisant, par la même,  toutes les déclarations du 10ème congrès d’Ennahdha. Or, pour dépasser ce hiatus dommageable, la centrale islamiste a besoin d’un nouveau vrai départ avec une démarche hautement claire, transparente et non équivoque. Pour cela, il faut une nouvelle déclaration (bayane) et une nouvelle charte qui sera adoptée publiquement (et non dans le secret), où Ennahdha affirmerait sans détour, l’adoption définitive d’une démarche irréversible vers le système politique civil, démocratique, libéral et social,  conformément aux normes universelles pratiquées dans le monde. La religion devient non pas un lubrifiant politique  et de mobilisation et d’encadrement « partisan », mais une liberté identitaire avec un respect intégral des choix dans l’accomplissement des cultes et la pratique religieuse.

La Tunisie ne doit être ni un pays de « Jihad », ni de « Daâwa », puisque les Tunisiens sont bons musulmans à 99% depuis 14 siècles. 

Cette nouvelle culture politique doit être enracinée et véhiculée par des « Workshops »  et des « Ateliers » ouverts à tous, surtout les Destouriens et Bourguibistes, pour opérer une nouvelle lecture des textes sacrés (le Coran et les Hadiths du Prophète - SAWASLM), et en dégager de nouveaux préceptes adaptés à l’évolution de l’humanité et du monde.

La séparation de la religion des partis politiques et des associations, doit être le but à atteindre, non pas pour marginaliser l’Islam, mais pour le libérer de tous les aspects de la contrainte politique au nom de la religion et qui sont à la base des conflits majeurs que les sociétés musulmanes vivent en ce moment.

Un des ateliers doit traiter de la Démocratie chrétienne en Occident et le processus de séparation de l’Eglise et de l’Etat en Europe. Ceci permettra la réconciliation d’Ennahdha avec les « Bourguibiens », et ce qui sont désignés péjorativement, par les « Ilmaniïnes » et toutes les couches de la population, profondément hostiles à « l’islamisme politique », de plus en plus assimilé aux courants « salafistes » radicaux et violents de par le monde.

Ceci ouvrira, aussi, la voie à l’émergence d’un grand parti politique, au grand jour, transparent, avec une synthèse heureuse entre les Islamistes et les Bourguibiens. Ce parti sera libéral, social et conservateur identitairement dans le bon sens, et aura une majorité solide au sein du peuple tunisien et ses élites nombreuses, qui veulent vivre au rythme de la terre sans perdre leur âme, spécifiquement tunisienne et musulmane. 

Mais, d’ici-là, beaucoup d’eau coulera sous les ponts de la Medjerda… 

K.G