Frictions en vue - Le Temps Tunisie
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2018

UGTT-UTICA- Négociations sociales

Frictions en vue

Mercredi 27 Décembre 2017
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• La présidente de l’UTICA nie le démarrage d’un nouveau round de négociations sociales dans le secteur privé d’ici avril prochain

La tension commence à monter entre l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) et l’Union Tunisienne de l’Industrie, du commerce et de l’Artisanat (UTICA).  La présidente de la centrale patronale, Wided Bechammaoui, a nié, hier, le démarrage d’un nouveau round de négociations sociales dans le secteur privé d’ici avril prochain annoncé il y a quelques jours par le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi.

«Je ne suis pas au courant d’un éventuel démarrage d’un nouveau round de négociations sociales dans le secteur privé en mars ou en avril 2018», a-t-elle déclaré sur les ondes de Shems FM. «En tout état de cause, le nouveau Bureau exécutif de l’UTICA  qui sera élu lors congrès de l’organisation prévu le 17 janvier prochain prendra les décisions adéquates en ce qui concerne la majoration des salaires dans le secteur privé », a-telle ajouté.

Réagissant à ces propos, le secrétaire général adjoint et porte-parole officiel de l’UGTT, Sami Tahri, a exprimé son étonnement d’autant plus que Mme Bouchammaoui a elle-même signé en mars dernier avec le secrétaire général de l’UGTT et le président du gouvernement un procès verbal prévoyant l’ouverture d’un nouveau round de négociations sociales dans les secteurs public et privé en avril 2018.

« A travers ces déclarations, la patronne des patrons cherche à créer des tensions supplémentaires dans le pays alors que le climat social et politique est déjà extrêmement tendu», a-t-il martelé, indiquant que les propos de Mme Bouchammaoui «cachent des arrières pensées électorales en rapport avec le prochain congrès de l’UTICA». Selon M. Tahri, l’UGTT militera par tous les moyens légaux, dont la grève générale, pour pousser ses partenaires à respecter leurs engagements.

Les points de frictions entre l’UGTT et l’UTICA se son multipliés ces dernies mois bien que les deux organisations figurent parmi les signataires de l’Accord de Carthage, qui a ouvert la voie à la formation de l’actuel gouvernement d’union nationale.

En octobre dernier, le secrétaire général de l’UGTT avait  refusé l'invitation de la présidente de l’UTICA  à participer aux négociations avec la présidence du gouvernement, pour régler certains problèmes liés à des accords d’augmentations salariales au tire des années 2016 et 2017.  «Les négociations avec l’UTICA se sont achevées et des accords ont été signés. Au sein de ces organisations certaines chambres sectorielles et des hommes d’affaires réclament le soutien du gouvernement. Et cela nous  concerne pas », a-t-il  alors affirmé.

Demande de report

L’UTICA a, quant à elle, condamné début octobre dernier fermement l'agression perpétrée contre son siège à Tunis par «un groupe d'individus conduits par la secrétaire générale de la Fédération générale des métiers et services relevant de l'UGTT». «Ces individus ont pénétré au siège de l’UTICA par effraction et agressé les gardiens pour observer un sit-in dans le hall et semer le chaos», a précisé l’organisation patronale, indiquant avoir  entamé des procédures pour traduire les agresseurs devant la justice. L'UTICA a, d’autre part, dénoncé le comportement de la responsable syndicale qui a conduit le groupe d'agresseurs, notant que «cet incident pourrait affecter la relation entre les deux organisations partenaires».

L’organisation patronale a ensuite durci davantage sa position. Khalil Ghariani, membre de l’organisation chargé des affaires sociales, a en effet soufflé sur les braises déjà incandescentes en annonçant la suspension provisoire de tous les accords signés avec l’UGTT jusqu’à ce que cette dernière  présente ses excuses et mette fin à ce genre de comportements. Une déclaration qui n’a fait qu’envenimer davantage la situation puisque le Secrétaire général de la centrale syndicale a répondu du tic au tac. «Que M. Ghariani suspende tous les accords s’il est capable de le faire», a rétorqué M. Taboubi, tout en démentant l’irruption des gardiens grévistes dans les locaux de l’UTICA.

Dans un document comportant ses propositions pour la loi des finances 2018, l’UTICA avait, par ailleurs,  recommandé au gouvernement de renégocier avec la centrale syndicale le report du versement de la deuxième partie des augmentations salariales dans la fonction publique et l’ouverture d’un nouveau round de négociations salariales. «Dans un Etat de droit, il importe que des engagements pris soient honorés. Néanmoins, et compte tenu de la situation des finances publiques, un report des augmentations salariales, si ce n’est total, au moins partiel, devra être négocié, avec au besoin une compensation», a notamment souligné l’UTICA dans ce document, signalant que cette compensation pourrait être «des droits et des avantages à l’entrée au capital d’entreprises publiques». 

Walid KHEFIFI