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Tunis Mercredi 20 Juin 2018

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Montherlant

Mémoire culturelle: Quand Montherlant découvrait la Tunisie

Dimanche 24 Décembre 2017
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Mémoire culturelle: Quand Montherlant découvrait la Tunisie

Ecrivain français de premier plan, Henri de Montherlant a effectué un séjour tunisien entre novembre 1926 et avril 1927, il en reste plusieurs textes qui lient un pan de l'oeuvre de cette plume essentielle à la Tunisie. Un auteur à redécouvrir...

Henri de Montherlant est un des plus grands écrivains français du vingtième siècle. Ses romans et son théâtre sont des plus appréciés et son oeuvre si amplement connue qu'il n'est pas nécessaire d'y revenir. Une mention spéciale est toutefois méritée par son roman "La Rose de sable" dont le titre a été repris pour nommer une librairie à Tunis. Il s'agit de la fameuse librairie Tournier qui se trouvait sous les arcades de l'avenue de France jusqu'aux années 1970.

 

Entre "Parsiphae" et "Aux fontaines du désir"

Quelques bribes éparses nous restent d'un séjour que Montherlant a effectué en Tunisie de novembre 1926 à avril 1927. A l'époque, il avait loué un appartement au palais Baccouche et s'y était installé pour écrire entre deux découvertes. C'est là qu'il a composé "Parsiphae", une courte pièce de théâtre. C'est également dans cette demeure qu'il écrivit quelques textes de son ouvrage "Aux fontaines du désir" et d'un autre essai intitulé "Un voyageur solitaire est un diable". Ces ouvrages sont parus à la fin des années vingt. C'est aussi à Tunis que Montherlant, après une rencontre avec Etienne Burnet, se plongea dans la lecture des auteurs russes, notamment Tolstoi.

Sa pièce "Parsiphae" a été créée en 1937 au Théâtre Pigalle à Paris par la compagnie SSylvain Itkine. C'était la première fois qu'une pièce de Montherlant était représentée à Paris. Elle sera ensuite reprise à la Maison de la Chimie puis sera jouée en 1953 à la Comédie française. A l'origine, Montherlant avait commencé à écrire à Tunis une pièce qu'il avait intitulée "Les Crétois".. Toutefois, il abandonnera ce projet dont il ne subsistera que des fragments. On sait peu de choses de ce qu'il advint de ces textes égarés dans le dédale des littératures.

Montherlant aurait pu avoir un autre rendez-vous avec la Tunisie en 1934. Toutefois, pour des raisons éthiques, il refusa la bourse que lui proposait la Fondation tunisienne. En effet, l'écrivain préféra nepas bénéficier des vingt mille francs et du voyage en Tunisie qu'on lui proposait afin de préserver son indépendance d'opinion face à la question coloniale. Selon lui, ces subsides émanant du gouvernement auraient mis en échec l'esprit qu'il cultivait en écrivant "La Rose de sable".

 

Ses cendres dispersées dans les flots du Tibre

Ce rendez-vous manqué fera que la Tunisie s'éloignera de la vie de Montherlant dont la brillante carrière le mena à l'Académie française où il a été élu le 20 mars 1960. Malheureusement, douze ans plus tard, le 21 septembre 1972, Montherlant se suicidera pour échapper à la vieillesse et à une santé chancelante. Le monde littéraire garde l'image de Jean-Claude Barrault, son exécuteur testamentaire, répandant en compagnie de Gabriel Matzneff, ses cendres dans les flots du Tibre et le forum de Rome. Cette image est demeurée dans les mémoires depuis un jour lointain d'avril 1973.

Et si Montherlant, ce sont d'abord des oeuvres et des textes majeurs, il faut aussi savoir revenir à ces fragments tunisiens qui restent peu connus mais demeurent néanmoins un pan de son oeuvre qui nous lie à ce grand écrivain français.

Hatem BOURIAL