Feu de paille et incapacité de rassembler - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 25 Avril 2018

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2018

La réunion des structures de Nidaa reportée

Feu de paille et incapacité de rassembler

Samedi 23 Décembre 2017
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Les enfantillages politiques se poursuivent au sein de Nidaa Tounès, malgré tous les déboires que ce parti est en train de vivre et les désillusions qu’il provoque auprès de ses électeurs qui ne savent plus à quel saint se vouer, face à ses  hésitations et ses  choix qu’ils avaient privilégiés.

Aujourd’hui, Nidaa Tounès n’est plus que l’ombre de ce parti créé à la sauvette par son fondateur, Béji Caïd Essebsi, actuel président de la République, et qui avait rassemblé les Tunisiens, pour faire face à l’hégémonie du parti islamiste Ennahdha. Et pourtant le Nidaa auquel tout le monde croyait avait vite fait de retourner la veste et de s’associer, pour gouverner, avec Ennahdha, dans une alliance contre-nature considérée par beaucoup d’analystes comme une trahison, surtout que personne ne peut imaginer que ces deux partis, l’un aux antipodes de l’autre, puisse avoir un même programme pour l’avenir du pays.

Dans cette alliance, le mouvement islamiste a, toujours, obtenu gain de cause, au niveau de ses programmes et de ses plans, mais, pour Nidaa, la goutte ayant fait déborder le vase a été la perte du siège de député des Tunisiens résidant en Allemagne et la montée d’un blogueur islamiste accusé d’être extrémiste et ayant écopé d’un an de prison dont il n’avait passé que six mois, pour bénéficier, par la suite d’une grâce présidentielle.

Le comble est que ni le ministère de l’Intérieur, ni ceux de la Justice et de la Défense n’avaient signalé cela dans son dossier, alors que cela était connu par le commun des mortels, sinon comment expliquer cette omission ? L’ISIE, et c’est bien risible, n’a pas trouvé mieux que de dire qu’elle n’avait pas reçu ces informations, dans ce dossier, alors que son devoir imposait d’enquêter. Elle s’est limitée à déclarer qu’il y a, aussi, la possibilité de présenter des recours.

Pire encore, Nidaa qui était détenteur de ce siège et, par conséquent, avait dans le passé une grande audience auprès de la communauté tunisienne en Allemagne, a perdu du terrain et avait été acculé à demander le soutien d’Ennahdha qui lui avait fait faux bond, dans ce scrutin, avec ses partisans qui n’avaient, même pas, pris la peine de se rendre aux bureaux de vote, pour soutenir le candidat de leur allié.

Face à cette situation, Nidaa a exprimé son mécontentement et fait état que le parti allait revoir ses alliances et qu’il allait réunir ses structures pour prendre une décision… mais ce n’était qu’un feu de paille.

Prévue aujourd’hui et demain, la réunion des structures a été reportée aux 6 et 7 janvier 2018. Cette décision vise à renforcer la concertation et à approfondir le débat sur des questions aussi importantes que la révision de certaines décisions et l’engagement des réformes nécessaires, selon les déclarations de Nidaistes. A ce propos, Mongi Harbaoui, porte-parole a souligné que les décisions qui seront prises par les structures de son parti seront «courageuses» dans la mesure où elles concerneront essentiellement la politique et la ligne générale du parti.

«La prochaine réunion débouchera sur des décisions importantes qui concernent la ligne du parti et non pas la relation établie avec certains partis politiques au pouvoir», a-t-il dit en allusion au mouvement Ennahdha. Ce qui représente un revirement total des premières intentions déclarées du mouvement qui, semble-t-il, voulait donner une leçon aux Islamistes et les faire, au moins, trembler !..

Pourtant, dans une déclaration à l’issue de la proclamation des résultats préliminaires des élections législatives partielles dans la circonscription d’Allemagne, Nidaa a affirmé qu’il procèdera à des «révisions courageuses et impératives dans sa relation avec certaines parties politiques». Et d’ajouter qu’il déléguera aux structures du parti lors de la réunion qui aura lieu les 23 et 24 décembre courant la «prise des décisions qui s’imposent».

Pour sa part, le chef du bureau politique du mouvement Ennahdha, Noureddine Arbaoui a assuré que le compromis entre Ennahdha et Nidaa est un choix «national stratégique».

«Pour Ennahdha, Nidaa Tounès est un partenaire stratégique», avait déclaré Arbaoui à la TAP en réaction aux dernières déclarations faites par des dirigeants de Nidaa Tounès dans lesquelles ils ont menacé de réviser la relation établie entre les deux partis.

Il semble donc que, dans tous ces bouleversements, Nidaa a commencé à comprendre qu’il n’est plus que l’ombre de ce qu’il était et rien de ce qui s’est passé, depuis son arrivée au pouvoir, ne l’avait dissuadé de la politique suivie par ses dirigeants, notamment Hafedh Caïd Essebsi qui, selon les affirmations de son père, avait été choisi par les bases du parti.

Ces bases s’évaporent, de jour en jour, et le parti court de plus en plus à sa perte avec les membres qui l’avaient quitté et les représentations régionales qui ouvrent rarement leurs portes, ce qui impose une autocritique et une remise en cause, surtout avec les échéances électorales qui approchent à grands pas, que ce soit pour les municipales, les législatives et, même, la présidentielle.

 

Faouzi SNOUSSI