Ce qui a été dit… - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 19 Janvier 2018

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2018

Chronique

Ce qui a été dit…

Samedi 23 Décembre 2017
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A Lampedusa rien ne se passe, rien. Se heurter au silence c’est une expression. Ils ont pourtant accepté de se livrer, pour certains du moins, face à la caméra de l’équipe d’El Hiwar Ettounssi, car la mer  ne renvoie pas toujours l’écho de leur douleur, et de leur immense solitude, jusqu’ici. Ce pays qui est le leur et qu’ils ont quitté clandestinement un jour, dans l’espoir de trouver le salut, de l’autre côté de la mer. Mais de l’autre côté de la mer il y a juste la désespérance accolée à la misère qui est leur lot quotidien, à partir du moment où ils ont mis les pieds sur l’île. Une possibilité ? Ce n’est pourtant pas la meilleure. Ils sont très vite enserrés dans un piège dont ils ne parviennent pas à s’échapper, puisque ce qui promettait d’être juste une brève parenthèse, se referme sur eux comme une souricière. Ils ont quitté leur pays parce qu’ils ne voyaient pas le bout du tunnel et qu’ils voulaient se donner une chance de changer de vie, mais personne ne les attendait de l’autre côté pour leur tendre la main. Personne ? Ah si : la police. Ils vivront donc comme des parias, se terrant dans des demeures insalubres, ou carrément à la montagne de peur d’être pris, et d’être renvoyés chez eux, ou tombant entre les mains de la garde qui les enfermera, au mieux, dans ces fameux centres pour clandestins où les humains sont traités pire que des animaux, en attendant le moment où ils seront expulsés du territoire italien. Car c’est clair, l’Italie ne veut pas d’eux. Et ils comptent pour moins que rien, eux qui ont risqué leur vie pour accoster sur le rivage italien, croyant qu’il serait leur planche de salut et leur refuge, avant de se rendre compte, un peu trop tard, qu’il sera leur purgatoire. Un « purgatoire » qu’ils ne veulent pourtant pas quitter, et refusant de rentrer bredouilles chez eux, après avoir laissés derrière eux, le cœur lourd, une famille, des parents, une femme, des enfants, qu’ils ne veulent pas décevoir car la dernière carte à jouer, la seule, à leur sens, c’est ce frêle esquif qu’ils ont accepté d’emprunter un jour, pour rejoindre un paradis qui s’est avéré être un enfer. Devant la caméra de l’émission : « Ce qui n’a pas été dit… », la souffrance, à l’état pur et dur. Pourquoi sont-ils partis ? Et pourquoi restent-ils ? Ce pays dont je meurs… écrivait Faouzia Zouari dans un autre contexte. Une toute autre histoire ?

Samia HARRAR