L’abstention, premier parti de Tunisie ? - Le Temps Tunisie
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Elections

L’abstention, premier parti de Tunisie ?

Jeudi 21 Décembre 2017
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Elle n’a pas de candidats. Elle n’a pas de slogans. Elle n’a pas d’affiches de campagne... Et pourtant, elle serait en passe de devenir le premier parti du pays . L’abstention puisque c’est d’elle qu’il s’agit a atteint un sommet jamais enregistré auparavant lors des élections législatives partielles dans la circonscription d’Allemagne qui se sont déroulées du 15 au 17 décembre 2017.

1326 électeurs seulement sur plus de 26.000 inscrits se sont rendus aux quatre centres de vote répartis entre Berlin, Hamburg, Bonn et Munich. Cela représente  un taux général de participation de 5% lors de ce scrutin remporté par le blogueur Yassine Ayari contre 29% durant les législatives de 2014 !

Il faut rappeler que lors du premier jour de ces élections partielles, seulement 233 votants soit 0.88% des électeurs inscrits ont participé aux votes.

Le vainqueur du scrutin a remporté 284 voix, soit 1% des voix des personnes inscrites sur les listes électorales et moins de 0,5% des voix des électeurs potentiels !

Le taux d’abstention risque aussi d’être très élevé lors du  premier scrutin municipal post- révolution dont la date a été fixé au 6 mai prochain par l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE).

Selon un sondage d’opinion publié récemment par Emrhod Consulting, 28% seulement des Tunisiens envisagent de passer aux urnes  lors des prochaines élections municipales. 54% des Tunisiens ne comptent pas aller voter  et 18% ne se prononcent pas à ce sujet.  L’institut Sigma conseil a, quant à lui, révélé récemment que le taux d’abstention atteindrait les 69,2%.

Le taux d’abstention devrait atteindre les 55% lors des prochaines élections législatives et 42,7% lors des élections présidentielles prévues en 2019. Ce sondage a été réalisé auprès d’un échantillon de 8638 personnes âgés de 18 ans et plus et réparties sur diverses régions du pays.

Conjugués au taux de participation enregistré durant les élections législatives partielles dans la circonscription d’Allemagne, ces chiffres traduisent une forte désaffection des Tunisiens à l’égard de la chose publique, en raison notamment du hiatus entre le discours politique et la pratique et des tiraillements politiques incessants. 

Des anti-isoloirs aux profils variés  

Les anti-isoloirs sont essentiellement des adeptes de slogans «la politique ne m’intéresse pas» et «ce sont tous des menteurs» dégoûtés par la politique et par un paysage partisan passé comme par enchantement du trop peu au trop plein à la faveur de la révolution. Outre ces personnes qui pensent que les élections ne changeront rien à leur vie, on trouve des électeurs qui estiment qu’aucun parti ou courant ne répond réellement à leurs aspirations et qui refusent de voter utile et de laisser à la maison leurs convictions.

Selon plusieurs analystes, le boycott des urnes devrait logiquement profiter aux grands partis bien structurés et disposant de machines électorales pouvant mobiliser leurs sympathisants. « L’abstention profitera naturellement aux grands partis et non aux listes indépendantes ou aux petites formations politiques. Les grands partis sont en effet capables de mobiliser un électorat discipliné et acquis à leurs thèses», souligne la présidente de l’Association tunisienne pour l’intégrité et la démocratie des élections (ATIDE), Leïla Chraïbi. Et d’ajouter : «Le seuil électoral qui a été fixé à 3% causera aussi un grand éparpillement des voix. Des centaines de milliers de voix qui auraient pu profiter à des petites formations politiques ou à des listes indépendantes risquent en effet de se perdre».

L’abstention pourrait aussi profiter, à un degré moindre, à certaines sensibilités révolutionnaires comme on l’a vu en Allemagne et aux courants «anti-système» qui affutent leurs armes.

Le scrutin municipal est déjà très complexe. Seuls les grands partis dotés de moyens financiers et humains considérables auront la possibilité de présenter  des listes dans toutes les circonscriptions électorales. C’est que chaque parti qui souhaite participer dans l’ensemble des circonscriptions (350 municipalités existantes) est tenu de présenter 7200 candidats !

De plus, la constitution des listes s’avère très difficile. La loi électorale relative aux municipales impose en effet une parité horizontale et verticale en plus d’une représentativité de 30% de jeunes sur les listes, ce qui nécessite 175 femmes tête de liste et quelque 3600 femmes candidates au total. De plus, le financement public ne sera pas cette fois-ci accordé aux listes candidates avant le vote. Et seules les listes ayant obtenu au moins 3% des suffrages exprimés auront le droit au financement public.

Bien que le nombre total des partis reconnus s’élève à 210, les observateurs s’attendent à ce que deux partis seulement soient capables de présenter des listes dans toutes les circonscriptions. Les petites formations se contenteront de présenter des listes dans les grands centres urbains et les villes à forte densité démographique grâce à une ouverture accrue aux indépendants  et à un jeu d’alliances souvent risqué. 

Walid KHEFIFI