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Mémoire du temps présent.. Après le «Waterloo» d’Allemagne…

Nida Tounès menacé dans son leadership

Jeudi 21 Décembre 2017
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Par Khaled Guezmir

Les élections législatives partielles d’Allemagne, ont donné un 70ème siège à l’Assemblée des Représentants du Peuple, aux « islamistes » en la personne du jeune Yassine Ayari, ancien sympathisant de Daëch, en Syrie, et islamiste radicalisé ayant fait, même, l’objet d’une condamnation à la prison pour six mois. Sa liste s’appelait « Al Amel », (l’espoir), comme quoi l’espoir est encore permis pour infecter davantage le paysage  politique à l’ARP, où l’on passe son temps à recoller les morceaux de toutes les lois faisant l’objet de critiques  acerbes à l’image de cette fameuse loi des finances  de 2018, adoptée  la mort dans l’âme  par des partenaires économiques et sociaux qui ne la croient pas du tout capable de relancer l’investissement et booster la croissance.

Pourtant le séisme aurait pu être évité si Nida Tounès (2ème) avec 253 voix et 19,45% des suffrages, soit 31 voix seulement de moins que la liste de tous les espoirs (sic)  qui a propulsé  le jeune Y. Ayari au Bardo, avait bien manœuvré  auprès de la « famille centriste politique » proche ou des indépendants modernistes.

Le Nida paie cash  son alliance présumée avec la centrale islamiste d’Ennahdha,  et ce consensus ou tawafuk de tous les dépits  « amoureux »  en se faisant  avoir si naïvement  et en croyant que le parti islamiste en ne présentant pas de candidat structurel et certifié, avait  donné son soutien au représentant du Nida qui allait passer à l’ARP comme une lettre à la poste ! Or, c’était  ne pas compter avec l’endoctrinement organique des « bases » d’Ennahdha, qui ont récidivé  le discours et la méthode des élections présidentielles et leur coup de 2014, en donnant massivement leurs voix, à l’époque, à l’adversaire  le plus en vu de M. Béji Caïed Essebsi, le Dr. Moncef Marzouki. A la limite si Ennahdha, avait un vrai candidat, Nida Tounès aurait pu bénéficier au moins, du vote utile. Mais, un cheval de Troie est toujours bien meilleur, plus commode et moins dommageable pour Ennahdha puisque l’islamiste Y.Ayari sera pour elle comme cette bonne pluie de l’empereur abasside Haroun Arrachid, qui en scrutant le ciel et les nuages avait coutume de dire : « Amtiri haythou chiiti, fa inna kharajouki lïi » (pleuvez où vous voulez, votre récolte sera mienne).

Ainsi,  donc, Nida Tounès se retrouve sur le carreau, amputé de plusieurs membres de la famille moderniste de gauche, du centre et de droite à cause justement de ce consensus avec les islamistes et qui a fait de sa victoire en 2014, une « victoire » à la Pyrrhus, où le vainqueur est vaincu et où le vaincu est vainqueur !

Maintenant, on s’agite ça et là dans les arcanes du Nida,  pour réévaluer le consensus avec le parti  islamiste d’Ennahdha. Mais,  parler d’une révision totale de certains rapports d’alliance avec les islamistes paraît  très peu crédible à moins de six mois des élections municipales décidées pour le 6 mai 2018.

Nida Tounès est plus « qu’accidenté » par tant de remous, de séparations et de chirurgies structurelles. Il ne peut se permettre d’aller jusqu’au bout et de déclarer le seuil de « non retour » au tawafuk consensuel avec Ennahdha. A mon humble avis,  c’est jouer  à quitte ou double. Et le Nida n’est pas prêt au « quitte », à moins de tout revoir et rappeler les dissidents de tous bords en un congrès de « réconciliation » de la famille nidaïste centriste large.

Or, des « fragments » importants, comme le Machrou de M. Mohsen Marzouk, ne perdent rien à attendre  que la machine Nida,  bloque totalement, pour reprendre la relève aussi bien doctrinale que structurelle du parti initial créé par BCE.

Alors, que reste-t-il au Nida  de M. Hafedh Caïed Essebsi !

Encaisser le coup et opter carrément pour des listes communes entre Nida et Ennahdha en multipliant  les déclarations de mise au point sur tous les « malentendus » y compris  la discipline de vote des « bases islamistes » toujours « ennemies »  du bourguibisme, de Nida Tounès et  de la modernisation ? Et là, le risque est encore plus fort pour une absorption du Nida « de droite » par Ennahdha sur le moyen terme.

Ou bien revenir aux fondamentaux du Nida initial, mais… que de monde à approcher et à réintégrer… ça dépasse l’imaginaire, ce géant éclaté comme un Big-bang et en plus le temps presse.

Voilà comment un grand parti qui devait prendre la relève  du néo-Destour et aller plus en avant vers les réformes le mettant en pôle position, pour la démocratie politique et sociale et le renouveau économique en Tunisie, a perdu les pédales et s’est fait le plus grand mal pour risquer  son leadership et son existence même.Le Néo-Destour a périclité en 1987, parce qu’il n’a pas su réinventer  Bourguiba et le Bourguibisme. Et Nida Tounès est menacé aujourd’hui, dans son leadership parce qu’il n’a pas su fructifier sa victoire éclatante de2014.

Qui peut réinventer le « BCE » de 2012 ?... Il n’y a pas de grosse bousculade… ! Mais, si Nida veut survivre en 2019, il n’a pas le choix… il doit réinventer… un leader crédible !

Attention, un nouveau « Waterloo » en mai 2018 est plus que probable !

K.G