La purge d’abord… - Le Temps Tunisie
Tunis Jeudi 18 Janvier 2018

Suivez-nous

Jan.
18
2018

«Profondes et courageuses révisions» de Nidaa Tounes

La purge d’abord…

Mercredi 20 Décembre 2017
نسخة للطباعة

L’échec de Nidaa Tounes aux élections législatives partielles en Allemagne a amené les dirigeants du mouvement et à leur tête son directeur-exécutif, Hafedh Caïd Essebsi, à songer à effectuer de nouvelles révisions profondes et courageuses. C’est ce que nous apprend un communiqué publié dans la soirée du lundi au mardi 19 décembre. 

Un communiqué qui a laissé certains conclure à une éventuelle rupture entre Nidaa Tounes et son allié Ennahdha. Ce dernier étant tenu pour responsable par les Nidaiens de l’échec de l’Allemagne puisqu’ils considèrent que le mouvement islamiste a déclaré le candidat du Nidaa candidat consensuel, tout en appelant son électorat à voter au profit du jeune Ayari connu pour son affinité avec l’islam politique et l’islam extrémiste. 

Les dirigeants du Nidaa, dans leur élan de parfaits petits politiques novices, ont omis de se poser la question quant à leurs 3 000 électeurs – ceux qui ont voté pour Hatem Ferjani en 2014 –. En effet si la moitié de ces électeurs s’était rendue aux urnes, Nidaa aurait décroché un siège qu’il possédait déjà avant ces élections.

Toutefois, et à part les révisions de ses alliances politiques, Nidaa Tounes a évoqué, dans le même communiqué, une réunion d’une importance suprême qui sera tenue les 23 et 24 décembre courant. Une réunion à laquelle l’actuelle direction du Nidaa aimerait convier les anciens dirigeants du mouvement. Des figures qui ont préféré quitter le navire lorsque Hafedh Caïd Essebsi a commencé, en 2015, à mener ses multiples manœuvres afin de faire main basse sur le parti. Parmi ces personnalités, figure le virulent Lazhar Akermi, qui, dans une déclaration accordée au Temps, a tenu à apporter une clarification clé selon lui : « Je n’ai jamais quitté le mouvement de Nidaa Tounes pour que je sois appelé à y reprendre ma place. Par contre, les conditions sont claires dans ma tête ; avant de réviser ses alliances avec les autres partis et à leur tête le mouvement d’Ennahdha, Nidaa Tounes doit absolument étudier les cas des dirigeants Nahdhaouis qui se trouvent aujourd’hui à ses commandes. Les Borhen Bssais, Mounir Ben Salha, Samir Abdelli, Wissem Saidi et compagnie ne sont que des envoyés spéciaux dont la mission principale est de mettre à genoux Nidaa Tounes. Sans pareilles révisions, rien ne pourra être fait chez Nidaa ».

Pour la députée Sabrine Goubantini – qui a été écartée de Nidaa Tounes en mai 2017 à cause de ses déclarations de l’époque – la question ne se pose même pas : « Premièrement, je ne me sens pas concernée par la question puisque le retour est impensable pour moi. De toutes les manières, j’ai su que le mouvement a signé son arrêt de mort depuis la série des événements de 2015 et le putsch survenu lors du congrès de Sousse en 2016. Même avant ce congrès, le processus d’exclusion a été déclenché bien avant à tous les niveaux en commençant par les bureaux locaux jusqu’aux institutions centrales. En lisant le dernier communiqué, on comprend qu’il n’existe aucune volonté pour que le mouvement revienne dans sa forme d’avant 2015. La fuite en avant et la médiocrité continuent de plus belle ! »

De son côté, Leila Chettaoui – renvoyée elle aussi de Nidaa Tounes après avoir été accusée d’être derrière la fuite des enregistrements d’une fameuse réunion du Nidaa – a assuré que le point décisif est le retrait des nouvelles recrues du Nidaa : « Les récents recrues doivent se retirer, d’ailleurs on réalise où ils ont emmené le mouvement après leur arrivée. Deuxièmement, Hafedh ne peut plus continuer à diriger le mouvement parce qu’il a démontré son incapacité de s’entourer de compétences capables de maintenir les acquis que nous avons construits avec Béji Caïd Essebsi. Hafedh n’a pas su prendre les bonnes décisions donc il ne peut continuer à être dirigeant au sein du mouvement puisqu’il ne répond à aucun des critères adéquats pour un poste pareil. Hafedh est totalement dans l’échec et doit donc se retirer. Par ailleurs, le mouvement doit aussi rappeler sa véritable identité parce que la confusion est devenue trop flagrante avec l’alliance collante avec le mouvement d’Ennahdha. Il faut revenir vers l’idée initiale : un collège constitué de personnes crédibles dont la principale tâche serait de rapprocher et de rappeler les enfants du Nidaa, les vrais enfants qui ont travaillé et qui ont fait en sorte que le Nidaa remporte les élections 2014. Retravailler le consensus à l’intérieur du mouvement. Sinon, Nidaa restera éternellement loin de ce que nous attendions de lui ; rééquilibrer la scène politique et qu’il puisse jouer son vrai réel. Nous avons quitté Nidaa Tounes parce que nous cherchions l’intérêt du pays ».

Salma BOURAOUI