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Mémoire du temps présent: Elections municipales mal-aimées et redoutées.. Tirer les leçons des expérience des autres

Dimanche 17 Décembre 2017
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Mémoire du temps présent: Elections municipales mal-aimées et redoutées.. Tirer les leçons des expérience des autres

Par Khaled Guezmir

Pourquoi tout le monde redoute ces fameuses élections municipales prévues, en principe, pour mars 2018 et candidates au report cyclique et  permanent à nouveau !

Pourtant, ce n’est pas l’état des lieux dans les villes et les petites cités de Tunisie qui reflète le « bon vivre »  au vu de la dégradation énorme subie par le tissu urbain depuis la déflagration du 14 janvier 2011.

Aucune ville n’a été épargnée par  les déchets  en tout genre, solides, liquides et même de l’air pollué et envahie par les odeurs malsaines et irrespirables.

En d’autres temps, et d’autres lieux, les citoyens auraient placé leur première priorité dans ces élections censées désigner leurs édiles municipaux, qui du temps de Rome détenaient une grande part du pouvoir exécutif.

Or, il n’en est rien, parce que cette «décentralisation» réclamée à cor et à cri, par des amateurs politiciens qui ont démontré leur faillite en exerçant quelques pouvoirs, ça et là entre les partis, les associations et même les administrations dites « représentatives » inquiète  la société tunisienne traumatisée par l’affaiblissement de l’Etat central, et la perte de crédibilité  du pouvoir régional à travers les chefs-lieux  de province et leurs délégués territoriaux.

Faut-il rappeler que les gouverneurs du temps de Bourguiba avaient des pouvoirs  exceptionnels parce que émanant de l’autorité du Président de la République lui-même et ça leur permettait de prendre les taureaux par les cornes, engager les grands travaux et ne pas dépendre de la bonne volonté des ministres centraux. C’est ainsi que Bourguiba ne ratait jamais une occasion de le rappeler aussi bien aux membres du gouvernement qu’aux gouverneurs eux-mêmes. Or, quand on a vu à quel point l’autorité du «gouverneur» a été dévaluée depuis la Révolution, on ne peut qu’être sceptique sur ce qui attend les futurs « maires », alors que le pays tout entier réclame «un plus d’Etat» et le rétablissement de l’autorité centrale à son niveau percutant comme au temps du tandem Bourguiba-Nouira.

Mais, au-delà de cette donne importante, ce que l’on craint le plus, c’est un dérapage du système politique tout entier, comme cela a été le cas en Algérie, avec l’arrivée  en masse en 1990. Des islamistes aux municipales et ses conséquences dramatiques.

Dans ce pays frère et qui  nous ressemble tellement, la prise de possession des villes algériennes par le « FIS » islamiste radicalisé a plongé le pays dans la guerre civile avec au compteur plus de 150.000 morts. Une véritable tragédie, qui a duré plus d’une décennie, heureusement circonscrite par le grand président algérien Abdelaziz Bouteflika et sa loi du repentir et de la réconciliation.

Le cheikh A.Mourou, numéro « 2 » d’Ennahdha, n’a pas manqué de le dire, à sa manière : «Les autres partis ont peur de nous» !

De fait, ce que Mourou ne dit pas, c’est que plus de 70% du peuple tunisien ont peur de « lui » et de la Nahdha !

L’exemple  turc, moins dommageable, que celui vécu par nos voisins algériens, consolide lui aussi les craintes citoyennes tunisiennes. Certes, il n’y a pas eu de guerre civile en Turquie, sœur, mais l’alternance au pouvoir à la base de tout système démocratique, a été archivée pour une longue durée depuis que le parti islamique de M. Recep Taiep Erdogan a fait son ras-de-marée aux municipales turques.

Les Tunisiennes et les Tunisiens, avec leurs chromosomes et leurs gênes ADN,  marins et carthaginois, savent retenir les leçons de l’environnement extra-sociétal, proche. C’est pour cela que ces prochaines élections municipales sont mal aimées et profondément redoutées.

Le pays est tellement harcelé par les changements de l’amateurisme politique, qu’il aspire au «conservatisme» de peur de regretter comme dans le proverbe bien populaire «le premier mari de ma mère»… (Allah yardha aâlik ya rajel ommi louwel) !

Tiens, qui a, aujourd’hui, une vision claire de ce que seront nos villes après ces élections ! Pour ma part, je ne crois qu’à la transcendance de l’Etat, tant que la classe politique tunisienne n’aura pas gagné ses galons de professionnalisme politique et de gestion des affaires publiques.

Si les élections peuvent stabiliser le pays et responsabiliser les citoyens, elles sont les bienvenues. Mais,  si elles risquent d’affaiblir davantage  le pouvoir des édiles… mieux vaut patienter.

Quant à cette peur  d’une nouvelle tutelle « islamiste » sur le pays, seule Ennahdha  peut le résoudre en rompant définitivement avec l’implication de la « religion » dans la politique. M. B’hiri numéro « 2 » (bis) d’Ennahdha, en homme averti, l’a bien compris, puisqu’il appelle à des listes « consensuelles ». Un moindre mal, mais attendons pour voir !

K.G