Un rêve exaucé, mais… - Le Temps Tunisie
Tunis Mardi 17 Juillet 2018

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2018

Le «Théâtre Sindyana» est né

Un rêve exaucé, mais…

Vendredi 8 Décembre 2017
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La Médina de Tunis ou Tunis tout court se dote d’un nouvel espace culturel privé dénommé « Théâtre Sindyana. » Le nom de Sindyana ne nous est pas étrange, d’autant qu’il nous renvoie à la pièce théâtrale de Zahira Ben Ammar du même titre. On se trouve alors dans le vif du sujet. Car c’est la même comédienne qui vient de réaliser son projet rêvé, celui de créer à ses propres frais, un théâtre privé, un espace culturel monté dans les règles de l’art.

Notre artiste a ouvert récemment son espace aux représentants des médias à l’occasion d’une conférence de presse in situ. Et c’est dans une petite et belle maison traditionnelle sise entre la rue de la Kasbah et la rue Azzafine, une maison remise à neuf, où la maîtresse des lieux nous a accueillis, entourée du premier noyau des futurs animateurs de cet espace dédié aux arts et aux spectacles. Ils se nomment : Adel Habassi, universitaire qui s’occupera de l’atelier de documentation théâtrale, Yamina Mathlouthi, plasticienne, qui animera un atelier et des stages de formation pour les formateurs en éducation artistique à l’attention des enfants. Quelques-unes de ses œuvres picturales ornent déjà les cimaises du patio de la maison couvert et lumineux aux couleurs du jour. Amel Farji, également universitaire et non moins comédienne de théâtre en premier lieu, animera quant à elle un atelier de lecture et de création théâtrale. Enfin, Ikbal Hamzaoui, universitaire et pianiste, s’occupera de la programmation musicale sous toutes ses formes avec des spectacles tunisiens et étrangers. Et pour revenir à l’historique de la réalisation du projet dressé par Zahira Ben Ammar, cela n’a pas été de tout repos pour elle pour rénover ce lieu dévasté, squatté et même incendié après la révolution tunisienne. Cet ancien local d’une cellule destourienne a été abandonné pour devenir une véritable « Kherba » couverte d’eau, aux murs et au plancher fissurés. Une maison rongée par les moisissures, en prime. La bataille de Zahira a commencé dès le 7 février 2011 auprès des ministères des Affaires culturelles, des domaines de l’Etat et de l’intérieur avec  dossiers à l’appui qu’il a fallu refaire selon la conjoncture et les lois en place. La coquette somme de 123 000 dinars a été jusque-là dépensée par Zahira Ben Ammar qui n’a reçu du ministère des affaires culturelles que 20 000 dinars. Toutefois, la présidence du gouvernement lui a promis de lui octroyer 150 chaises. Entre le public et le privé, les lois ne sont pas claires ou n’existent même pas parfois, ce qui est incompatible avec la réalité des choses. 

Perdurer

Rappelons que le « Théâtre Sindyana » ouvrira officiellement le 12 décembre 2017 avec un spectacle d’Ikbal Hamzaoui au piano et Amel Farji qui lira des textes de théâtre. Ce genre de projet a souvent fait rêver d’autres artistes qui bravent les difficultés et finissent par abandonner. On se rappelle du « Nouveau Théâtre » qui a repris tout au début des années quatre vingt du siècle dernier l’ancienne salle de cinéma « Lido » à la rue Salem, à Tunis, pour en faire un théâtre de poche. Ce projet, faute de moyens, n’a pas fait long feu. A l’époque, feu Habib Masrouki nous avait révélé à l’issue de la projection du film « El Ers » (La Noce) au ciné-club du Centre d’art vivant du Belvédère, que les chaises manquent à l’appel pour la salle du « Nouveau Théâtre. » Espérons longue vie au « Théâtre Sindyana », un nouvel espace culturel destiné à tous. Et pour le moment, Zahira Ben Ammar a encore besoin d’argent, suffisamment d’argent particulièrement pour la finition de la grande salle de représentations théâtrales, de projections cinématographiques et de spectacles de musique. Les sponsors devraient faire un effort pour prêter main forte aux artistes qui rêvent pourtant de choses réalisables et non surréalistes.

Lotfi BEN KHELIFA