La chevrotine de Siliana et la vérité de Laârayedh: Lutte contre la corruption ou l’excuse de tout dépassement - Le Temps Tunisie
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La chevrotine de Siliana et la vérité de Laârayedh: Lutte contre la corruption ou l’excuse de tout dépassement

Dimanche 26 Novembre 2017
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Attendue depuis bien longtemps, la séance d’audition publique portant sur les incidents de la chevrotine de la ville de Siliana (survenus en novembre 2012) a été organisée, par l’Instance vérité et dignité, le soir du vendredi à hier. Au cours de la séance, les témoignages de l’ancien ministre de l’Intérieur, Ali Laârayedh, de l’ex-chef du gouvernement, Hamadi Jebali et de l’ancien gouverneur, Ahmed Zine Mahjoubi ont été diffusés, en marge des interventions directes de quelques victimes des incidents.

Avant de présenter des excuses aux 332 victimes de Siliana, Ali Laârayedh, député du mouvement d’Ennahdha, a assuré qu’il n’avait pas été mis au courant de l’utilisation de la chevrotine dans la dispersion des manifestants dans la mesure où c’est le directeur-général de la sûreté nationale qui prenait en charge la salle d’opération où se déroulait le suivi direct des opérations sur terrain. 

En ce qui concerne l’objet des protestations à l’époque – les habitants de la ville réclamaient le départ du gouverneur – Ali Laârayedh a assuré que Ahmed Zine Mahjoubi a fait sujet de sévères campagnes de dénigrement à cause de son travail efficace puisque, lorsqu’il était encore à la tête du gouvernorat, Siliana a été placée parmi les trois premières villes les mieux développées du pays.

De son côté, l’ancien chef du gouvernement a assuré que les incidents de Siliana s’inscrivaient dans le cadre d’une série de mesure menées, par des parties syndicales (en citant l’Union générale tunisienne du travail) et partisanes dans le but de faire tomber le gouvernement de la Troïka. 

Enchaînant sur la même logique, Ahmed Zine Mahjoubi, a assuré avoir permis à l’Etat de récupérer 10 mille d’hectares de terres qui ont été dérobés par des individus qui les ont exploitées pendant des années. La conclusion donc est que le gouverneur et le gouvernement de l’époque s’étaient tellement impliqués dans la lutte contre la corruption que les lobbies de la région ont été tout fait dans le but de les faire évincer.

Au cours des trois interventions, le terme le plus utilisé a été la lutte contre la corruption ; un mot auquel nos oreilles se sont habitués depuis la fin de l’année 2015 ; avec la mise en place du pacte de Carthage, de l’Instance nationale de lutte contre la corruption et l’avènement du gouvernement d’union nationale, la lutte contre la corruption est devenue un sujet omni présent dans nos débats publics et tous les acteurs de la vie politique et les composantes de la société civile n’ont d’yeux que pour ce sujet.

Toutefois, au cours des années 2012, 2013 et 2014, tout le pays ne focalisait que sur la question de la scission entre musulmans et laïcs et sur la grande question qui avait touché tout le monde à l’époque et qui n’est autre que la question identitaire. A partir de 2012, nous avions fait face à l’expansion des groupes extrémistes, aux apparitions médiatiques de salafistes fous alliés et aux attaques terroristes, allant des assassinats politiques jusqu’aux attaques barbares et sanguinaires. 

Si certains ont la mémoire d’un poisson rouge, d’autres se rappellent très bien ce qu’ils ont vécu pendant ces trois années et sont certains qu’à aucun moment du règne de la Troïka la question du débat public et de l’action politique n’a été portée sur la lutte contre la corruption.

Aujourd’hui, il est facile de sortir cet argument pour expliquer tout dépassement et lui donner une légitimité imprudente et insolite. Après cinq des incidents de la chevrotine de Siliana, les 332 victimes ont eu droit à de pâles excuses et à des explications insultant toute intelligence et tout bon sens.

Salma BOURAOUI