Chahed face au destin d’Essid - Le Temps Tunisie
Tunis Mardi 16 Janvier 2018

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2018

Démocratie consensuelle à la tunisienne 

Chahed face au destin d’Essid

Vendredi 17 Novembre 2017
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Le 26 août dernier, Youssef Chahed et son gouvernement dit d’union nationale ont réussi à obtenir la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) après de longues semaines passées à Carthage autour d’une table de négociations regroupant, à l’époque, neuf partis politiques et quatre organisations nationales. L’union nationale était le mot maître de l’époque et le président de la République, Béji Caïd Essebsi, avait joué gros en voulant, à tout prix, évincer Habib Essid qui, en dépit de tout ce qui lui a été dit publiquement, avait tenu bon à son poste en refusant de démissionner préférant passer devant une séance plénière de vote de confiance.

Le gouvernement d’Habib Essid était faible et son assise politique lui faisait défaut ; là était le principal argument présenté par le chef de l’Etat et ses alliés qui, pour renforcer leur manœuvre et pour lui offrir une meilleure présentation, avait préparé un document, nommé le pacte de Carthage, résumant l’ensemble des priorités sur lesquelles devrait travailler le nouveau gouvernement. 

Ainsi, nous avons eu droit à des priorités comme la lutte contre la corruption, contre la contrebande ou encore contre la pauvreté et le terrorisme. Au bout de quelques mois, Youssef Chahed a réussi à marquer un grand coup en arrêtant, le 23 mai dernier, l’homme d’affaires douteux Chafik Jarraya suite à l’implication de ce dernier dans une affaire liée à la sûreté de l’Etat. S’en suivait alors une série d’interpellations d’hommes d’affaires et de contrebandiers. Une action menée avec succès dans la mesure où elle a permis à Youssef Chahed de se construire un capital sympathie considérable ; au lendemain du 23 mai, des citoyens s’étaient rassemblés spontanément à la place Kasbah pour soutenir Chahed avec le fameux slogan Go Jo.

Seulement voilà, il semblerait que cette réussite et cette montée en flèche du jeune chef du gouvernement au niveau des sondages relatifs aux personnalités inspirant le plus confiance, aient finalement dérangé les grands patrons qui pensaient que Chahed aurait exactement la même posture que celle qu’il avait eu en novembre 2015 lorsque Caïd Essebsi l’avait désigné président de la commission des treize dont la tâche principale était de sauver le mouvement de Nidaa Tounes de la grande scission.

Contrairement donc à ces attentes, Youssef Chahed a pris une autre voie et a choisi des axes de travail, des discours et des actions lui ont permis d’occuper une place plutôt privilégiée auprès de l’opinion publique. Une situation dérangeante d’autant plus que les échéances électorales se rapprochent de plus en plus. A cause de cette popularité, le jeune Chahed s’est retrouvé dans une situation peu confortable avec des partis politiques qui, au lieu de le soutenir, lui adressent des reproches à peine voilées. Cela a commencé avec le mouvement d’Ennahdha et son chef qui, lors d’un passage télévisé marqué par sa cravate rouge, a directement demandé au chef du gouvernement de s’engager publiquement à ne pas se présenter à l’élection présidentielle de 2019. Bien que les conseillers du président aient assuré que ce dernier n’a pris connaissance de cette requête qu’après qu’elle ait été révélée publiquement, l’enthousiasme ne s’est pas très fait ressentir dans la défense présidentielle au profit de Chahed.

Après qu’on nous ait présenté le gouvernement de Youssef Chahed comme la dernière carte que peut jouer la Tunisie, aujourd’hui on hésite et on remet en question toute l’aventure ; alors que le pays continue de souffrir sur le plan économique et social, les coulisses de la scène politique commencent à parler du prochain chef du gouvernement qui serait l’une des personnalités recrutées récemment au sein de Nidaa Tounes… A en croire ces mêmes bruits, Youssef Chahed et son gouvernement seraient appelés à démissionner d’ici la fin du mois de janvier 2018.

Salma BOURAOUI