Une violence ordinaire… - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 19 Janvier 2018

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Jan.
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2018

Chronique

Une violence ordinaire…

Vendredi 17 Novembre 2017
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Nos manuels scolaires ont du bon. Ils vous apprennent à vivre. Et vous donnent envie de revenir sur les bancs des écoles pour retrouver une seconde innocence. Cette part d’enfance qui faisait la vie plus belle et que l’âge adulte a chassé en bottant en touche. Irrémédiablement. Alors du coup, l’envie vous prend parfois, de vous replonger, en vous immergeant dans un texte scolaire, dans la douceur d’un imaginaire, fait de poésie et de prose heureuse, qui sont l’apanage de l’enfance, et plus tard de l’adolescence, à l’instar d’une balade impromptue et tendre, dans ce « vert paradis » qui manque à l’appel aujourd’hui. Douceur et tendresse ? Hélas très vite, une déconfiture qui ne dit pas son nom. Presque un film d’horreur. Dans le manuel scolaire d’arabe, de la 9ème année de base, un premier texte raconte, avec force détails, et un raffinement suprême dans le stade de la cruauté, l’histoire d’une oiselle qui ourdit un plan machiavélique, pour se venger d’un éléphant, qui empièterait toujours sur son chemin, sur ses œufs et tout projet d’oisillons à venir. S’en suit un conciliabule entre nos amis les oiseaux qui conduit à crever les yeux à ce malotru, d’abord. Mais cela n’est pas suffisant. Ne voilà t-il pas que l’oiselle, dans sa soif de vengeance, ne vienne à tancer les grenouilles, pour qu’elles bluffent, par leurs coassements l’éléphant, afin qu’il se méprenne, et croyant s’approcher d’un étang pour étancher sa soif, finisse par se retrouver au fond d’un fossé, évidemment, définitivement mis hors d’état de nuire à quiconque désormais. Douceur et tendresse… Alors s’il se casse les os, on ne sait pas. Il faut voir ! Glaçant. C’est glaçant ! De quoi se coltiner une image de la vie, qui risque d’être, effectivement, fort édifiante pour les générations futures ! Un apprentissage d’une violence ordinaire au vitriol. De quoi marquer les esprits et donner envie à nos ados de vivre dans un monde où la peau régnerait sans partage. Quant aux vertus du dialogue, du pardon, de l’amitié et du partage, et celui du sens de l’altérité, il est clair que ce n’est plus sur les bancs de nos écoles, et de nos collèges qu’il faudra aller les chercher. Ce serait peine perdue : ils ont déserté. Et avec eux, une certaine joie d’étudier qui a pris la tangente. Et la clé des champs dans la foulée…

Samia HARRAR