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«Vagues brisées» de Habib Mestiri: Le souvenir d’un temps heureux et malheureux

Dimanche 12 Novembre 2017
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«Vagues brisées» de Habib Mestiri: Le souvenir d’un temps heureux et malheureux

Projeté aux JCC dans la section « Regard sur le cinéma tunisien », « Vagues brisées », premier long-métrage de fiction de Habib Mestiri sur un scénario cosigné par ce dernier en compagnie d’Abdelfattah Fakhfakh et Ali Saïdane, nous emporte sous un regard  plein d’amour et de souvenirs, vers la Tunisie des années cinquante et du début des années soixante du siècle dernier. 

Un regard viscéralement lié à la situation politique traversée non sans grande douleur par la Tunisie, principalement entre 1955 et 1963. Et par delà cette approche, Habib Mestiri persiste et signe dans un langage cinématographique qui ouvre des pages de l’histoire du pays restées fermées durant longtemps. Pour cela, la narration est truffée d’extraits en noir et blanc  d’archives filmées de l’époque. Des extraits savamment exploités qui illustrent les propos et reconstruisent pour de vrai les événements survenus : le 1er juin 1955 avec le retour triomphal de Bourguiba au port de la Goulette, l’indépendance de la Tunisie le 20 mars 1956, le bombardement par des avions militaires français de Sakiet Sidi Youssef le 8 février 1958, la bataille de Bizerte en 1961 et l’évacuation du dernier soldat français le 15 octobre 1963. Une mise en exergue des dates et des événements cruciaux qui ont eu lieu avant et après l’indépendance de la Tunisie. L’histoire que raconte le film concerne en réalité un bon nombre de Tunisiens ayant servi  dans l’armée française et qui ont été rattrapés par l’indépendance de la Tunisie. Ils sont restés malgré tout fidèles à la cause de l’indépendance de leur pays. Le personnage de Hassouna dans cette fiction en est un exemple parfait. Il ira jusqu’au bout de ses principes et sera confronté au rejet et à la persécution. « Vagues brisées » est la métaphore de l’échec et de l’amertume dans une histoire en étroite relation avec la réalité. Un film qui interroge la mémoire sous une forme romancée, une écriture cinématographique et un montage rigoureux signé Kahena Attia. Le film nous prend dans une histoire ayant lieu entre la Goulette et la Chebba, un paisible village du Sahel avec des pointes de nostalgie sur la cohabitation qui existait entre des habitants de différentes confessions. On y retrouve « La Jetée », un grand café en mer et qu’on gagnait par un pont bâti. Ce café était l’attraction de la ville portuaire et l’un de ses symboles d’antan. Les personnages sont comme sortis de l’histoire grâce à une reconstitution parfaite de l’atmosphère particulière. Ces personnages sont incarnés par des comédiens talentueux, à l’instar d’Ahmed Hafiène dans le rôle de Hassouna, Ivana Pantalelo, Martine Gafsi et Najoua Miled. D’autres comédiens sont amateurs et ont pu tirer leur épingle du jeu à l’instar de Fatma Nasser, dans le rôle de Khadija que le héros rencontrera à la Chebba. Le parallélisme entre le personnage de Khadija et celui de Borj Khadija rejoint la légende de ce lieu de l’histoire sur une note anecdotique.

                                                                    Lotfi BEN KHELIFA