Comment réactiver la mémoire cinématographique? - Le Temps Tunisie
Tunis Samedi 20 Janvier 2018

Suivez-nous

Jan.
21
2018

A l'approche des JCC 2017

Comment réactiver la mémoire cinématographique?

Dimanche 29 Octobre 2017
نسخة للطباعة

La naissance de la Cinémathèque nationale tunisienne augure de grands chantiers pour la préservation de la mémoire du septième art. A l'occasion des JCC, la Cinémathèque lance ainsi trois projets de conservation, restauration et documentation. Sur un autre plan, plus vive que jamais, la présence des fondateurs des JCC et des premiers cinéastes attend d'être honorée. Ces pionniers ont en effet largement contribué à l'essor des JCC et du cinéma tunisien...

 

Le rendez-vous des JCC 2017 approche à grands pas et le contexte global augure d'une session particulièrement riche. Parallèlement aux préparatifs, les différentes instances du domaine cinématographique se préparent à profiter de la vitrine internationale que sont les JCC et s'apprêtent à présenter leurs programmes d'action ou encore engager des campagnes promotionnelles.
C'est le cas aussi bien de la Cinémathèque tunisienne que du centre national du cinéma et de l'image. C'est aussi le cas de toutes les associations cinématographiques qu'elles réunissent des professionnels, des critiques ou des cinéphiles. La mobilisation semble en effet totale pour le succès de ces JCC 2017 et la continuité d'une saison cinématographique d'ores et déjà riche en initiatives. En effet, la Fédération tunisienne des ciné-clubs organisait récemment un festival des films de femmes au Centre culturel international de Hammamet alors que des sorties de films se succèdent et devraient culminer après le festival.

De Khelifa Chater à Mustapha Nagbou, Omar Khlifi et Moncef Charfeddine

Nous évoquions dans un article récent le devoir de mémoire des JCC à l'égard de leurs fondateurs encore vivants. En ce sens, nous signalions la reconnaissance qui est due à des militants de la cinéphilie comme l'universitaire Khelifa Chater. Ce dernier a en effet fait partie du premier comité directeur des JCC et, à ce titre, compte parmi les fondateurs de ce festival. Il serait juste et judicieux, proposions-nous, de lui consacrer un hommage au cours de cette session. Commentant cette proposition dans une correspondance, le cinéaste et historien du cinéma Férid Boughedir souligne qu'il serait de bon ton d'englober dans cette reconnaissance attendue d'autres militants de la cinéphilie de la première heure. Boughedir mentionne ainsi Mustapha Nagbou qui compte parmi les marathoniens du cinéma et dont la revue "Septième Art" continue à paraître. Il cite aussi le nom de Moncef Charfeddine qui reste très actif à travers ses publications et a figuré en tant que secrétaire général d'au moins une session des JCC.
Tout en remerciant Férid Boughedir (Il se trouve actuellement au Maroc pour participer au Festival du film d'auteur à Rabat avec "Zizou", son dernier opus), nous plaidons bien entendu pour une vaste reconnaissance des pionniers de notre cinéma et ils sont nombreux. A la direction des JCC de prendre l'initiative en ce sens, afin que la mémoire du cinéma tunisien soit préservée, saluée et honorée à travers ses acteurs. Il serait d'ailleurs tout aussi bienvenu de saluer l'oeuvre de Omar Khlifi, auteur du premier long métrage tunisien après l'indépendance, d'autant plus que ce film "L'Aube" était sorti en 1967, il y a tout juste cinquante ans.

La Cinémathèque tunisienne prend trois initiatives

La Cinémathèque tunisienne est en plein dans son rôle lorsqu'elle travaille à réactiver la mémoire cinématographique. De naissance récente, cette cinémathèque s'apprête à lancer son programme d'action et profitera des JCC pour faire l'annonce de ses premières grandes initiatives.
Trois actions sont à l'ordre du jour. La première consiste en un accord de partenariat avec la Bibliothèque nationale, afin de consolider la conservation et le traitement des films. Une seconde initiative concernera la restauration d'un lot d'archives filmiques appartenant à Mhamed Koudhi, l'un des premiers caméramen tunisiens. Koudhi (1927-2015) possédait en effet une riche collection ainsi que des films tournés alors qu'il était correspondant permanent aux Nations-Unies. Cette collection qui est désormais en possession de la Cinémathèque devrait ainsi connaître un nouveau destin et une nouvelle jeunesse.
Enfin, la troisième action aura un double objectif. D'une part, elle rendra hommage à Sophie El Goulli, une femme de lettres doublée d'une historienne de l'art qui a longtemps collaboré aux pages culturelles du journal "Le Temps". D'autre part, cette action permettra de classer et restituer un important lot de documents qui comprend aussi bien des manuscrits que des ouvrages ayant trait au septième art. Sophie El Goulli (1931-2015) est unanimement considérée comme la fondatrice de la Cinémathèque tunisienne qu'elle avait d'ailleurs présidée de 1958 à 1968.
Toutes ces actions soulignent que la Cinémathèque tunisienne est déjà en mouvement et que ses initiatives sont appelées à se multiplier en nombre et en qualité. Plus largement, ces initiatives démontrent que les stratégies de reconnaissance et de conservation du patrimoine se croisent et oeuvrent pour la préservation de notre mémoire cinématographique. De bon augure pour le cinéma tunisien qui consolide son ancrage et poursuit son essor.

Hatem BOURIAL

Mots-clés: