« La quête du bonheur » de Hassouna Mosbahi - Le Temps Tunisie
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Littérature.. Nouvelle parution

« La quête du bonheur » de Hassouna Mosbahi

Jeudi 26 Octobre 2017
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« A la quête du bonheur » un chef d’œuvre de l’écrivain tunisien Hassouna Mosbahi, récemment paru dans les Editions Arabesques. C’est un livre d’apprentissage, d’initiation à la vie et dédié à l’amour de la vie. C’est aussi une belle édification de l’être à travers le savoir, la littérature, l’art ;  à travers les choix et les convictions ; à travers le désir de liberté et de libération de tous les complexes et les systèmes sociaux qui structurent l’individu et l’emprisonnent, l’étouffent, l’enlisent  sous le poids  des consciences collectives, de l’éthique, de la religion, des coutumes sociales. « A la quête du bonheur » c’est aussi à la quête de l’être libre, de l’être léger et épanoui... 

Bien que l’auteur soit né dans une région de l’intérieur de la Tunisie, une région dépourvue de toutes les conditions de civilité et de modernité,  et au sein d’une famille illettrée qui ne reconnait qu’un seul livre- Le Coran- et sur une géographie stérile et déserte, il avait néanmoins une conscience innée ou précoce que l’homme doit chercher ailleurs le sens de la vie et l’essence de l’existence humaine, que l’être humain doit cultiver son âme et son esprit malgré tout ce qui entrave son épanouissement. Il comprend très vite qu’il faut se libérer des préjugés sociaux et de l’enseignement imposé. La voie salvatrice d’une telle atmosphère rude et rigide était la littérature, la voie des livres.  

La quête du bonheur, une quête de l’absolu

Ce récit autobiographique expose l’itinéraire littéraire suivi par l’auteur depuis l’âge juvénile. Il avait dévoré une quantité innombrable de livres d’écrivains de tous les continents. Cependant, puisque le bonheur est un absolu infini, ce dernier demeure le lecteur insatiable et insatisfait ; il s’entête à puiser et cultiver son culte dans une autre littérature, une littérature inconnue, il est celui qui cherche sans lassitude ce bonheur insaisissable. C’est ainsi que de la littérature locale, puis arabe et égyptienne, il s’introduit dans la littérature du monde occident. Il voyage avec et à travers les livres et découvre des étendus d’idées, d’images, de métaphores, de sens et des sens, de paysages différents, de visions de monde, de regards, de représentations et de perceptions à chaque fois génératrice de nouveaux sens, fondatrice d’un empire de sens. Il s’identifie aux personnages, aux héros classiques et anti-héros de la littérature moderne qui lui ressemblent, peut être peu ou beaucoup, avec qui il partage une quelconque sensibilité, des émois, des caprices, des qualités ou des défauts...

 Le lecteur, quant à lui, est aussi impliqué dans cette aventure, lui-même s’introduit de force ou de gré dans cette recherche du bonheur. Il découvre à travers la narration et les analyses de l’auteur des titres qu’il a peut être lus ou pas, et nourrit davantage ses pré-acquis par le savoir et l’expérience littéraire que nous propose l’écrivain Hassouna Mosbahi, l’écrivain –lecteur ou le lecteur-écrivain.

L’intertextualité, le kaléidoscope de la littérature

Le récit de Hassouna Mosabahi « A la quête du bonheur » est construit à partir d‘œuvres littéraires d’autres écrivains, comme s’il s’agissait d’un kaléidoscope qui reflète plusieurs images d’ongles différents et multicolores. En effet, l’écrivain est conduit d’un livre à l’autre, il effectue des combinaisons et des intersections de lecture, parfois un assemblage de maille en maille, d’autres arbitraire et d’autre encore dialectique quand une lecture régénère une autre forcément et par antinomie. Cette ouverture sur les œuvres universelles à travers le compte rendu, la paraphrase et le recours à l’insertion d’extraits s’opère pour souligner le degré d’identification du lecteur Hassouna Mosbahi avec les titres lus ou les passages, avec les portraits des personnages... alors, l’œuvre s’enrichit par la multiplicité des voix, de styles et des langues... c’est ainsi que le récit de l’écrivain Hassouna Mosbahi devient ce texte kaléidoscopique qui réfléchit plusieurs littératures. Cette mise en abyme, est un choix d’écriture que je pense bien réfléchi par l’écrivain. Elle est renforcée par un autre assemblage entre les genres (le récit, l’insertion du genre épistolaire et de poésie). Ceci empêche la routine de la narration.

L’écroulement des illusions

Un parcours qui s’achève par la déception, le désenchantement, la désillusion. L’écrivain, remet en question tout ce qu’il a vécu, tous les apprentissages, ses idéologies et ses convictions, il parvient à d’autres réalités plus simples, d’autres perceptions plus claires et évidentes qui le font réconcilier avec son moi, avec son milieu d’origine, sa réalité intrinsèque, celle  d’un homme issu d’un milieu qui possède sa propre culture à défricher, riche à sa manière, et que sa mission est de déterrer cette richesse, de rafraichir ses sources d’inspiration...

Il déclare : « Mon retour au village opéra une rupture radicale avec un genre intellectuel et idéologique que je considérais le meilleur et l’idéal pour la délivrance de la pauvreté, du despotisme (...) en effet, le héros ce n’est plus le militant communiste fier de sa résistance et son courage en gardant son sous-vêtement rouge, mais le paysan avec sa fragilité, sa faiblesse et ses complexes explicites et implicites... »  Cette phrase que j’ai traduite du livre p 277 prouve le désenchantement de l’écrivain, sa réconciliation et ses retrouvailles avec son milieu et ses repères d’origine.

Faiza Messaoudi