On n’est pas sortis de l’auberge - Le Temps Tunisie
Tunis Mardi 17 Juillet 2018

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2018

Théâtre «Peur(s)» de Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi

On n’est pas sortis de l’auberge

Jeudi 19 Octobre 2017
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Le fait est là et la réalité des choses saute aux yeux, dérange et démange. Cela se traduit à travers la nouvelle pièce : « Peur(s) » du duo Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi auteurs du scénario et de la dramaturgie. Quant au texte, il est l’œuvre de Jalila Baccar avec la contribution des comédiens. Ceux-là mêmes et toutes générations confondues qui y font exploser leur talent pour nous faire entrer et vivre le drame des personnages de la pièce. 

Un piège à rats où personne ne sortira indemne de l’auberge. La scène est sombre et la fumée annonce la couleur grise et ocre jaune à peine visibles. La salle est également presque envahie par la tempête de sable. La musique, signée Kaïs Rostom, monte au créneau et devient de plus en plus forte jusqu’à devenir assourdissante. Elle rythme la pièce. Nous restons comme étranglés durant toute la durée de ce spectacle théâtral dans cette atmosphère où l’on aperçoit à peine les comédiens. En effet, une tempête de sable d’une rare intensité a surpris un campement de jeunes scouts accompagnés de leurs chefs et les condamne à rester dans une situation stagnante et invivable. A chaque tentative de s’en sortir, ils reviennent malgré eux à la case départ : un hôpital abandonné et en ruines. Une sorte de cimetière à tombeaux ouverts où pullulent les saletés et surtout les cadavres et les têtes de morts. Excusez du peu ! Ces derniers ont perdu la vie à l’hôpital, atteints qu’ils étaient d’une maladie contagieuse. Un décor des plus sombres et des plus  inattendus qui annoncent la tristesse et le désarroi. Ce décor s’ajoute à celui de la tempête qui sévit dehors et continuellement.

La déception

Une recherche superflue de meilleurs lendemains au milieu de la pourriture, voire de la mort est continuellement établie. Le milieu sauvage dans lequel vivent les personnages les rend également sauvages. Car ces scouts se déchirent et feignent s’entretuer. Cela est à peine croyable, car la fièvre et la colère forment le quotidien de ces gens pourtant éduqués à l’amour de la patrie, à la liberté et à assumer la responsabilité dans les situations les plus difficiles. Par allégorie, la pièce nous raconte des réalités amères nées en Tunisie après la révolution et qui avait pourtant donné beaucoup d’espoir et fait rêver le peuple. Mais la réalité s’est avérée toute autre.

  Lotfi BEN KHELIFA