Magistral Raouf Ben Amor! - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 9 Décembre 2018

Suivez-nous

Dec.
11
2018

"Tunis by night" de Elyes Baccar

Magistral Raouf Ben Amor!

Mardi 17 Octobre 2017
نسخة للطباعة

Dans son dernier opus, Elyes Baccar donne un rôle à sa mesure à Raouf Ben Amor qui porte ce film à bout de bras et réalise une admirable performance de comédien. Une interprétation sans bavures et l'une des plus belles prestations d'un artiste hors normes...

 

Venu du théâtre, Raouf Ben Amor a été révélé au cinéma avec "Aziza" de Abdellatif Ben Ammar en 1980. A cette époque, Ben Amor éclaboussait de son talent le collectif Phou et déclinait jeux de mots et inimitables mimiques dans plusieurs créations. Dans "Aziza", il jouait le rôle d'un petit affairiste englué dans les échecs et la fuite en avant et rendra une copie quasiment inoubliable sur fond de réparties distillées dans une langue tunisienne colorée.

 

De "Aziza" à "La Nuit de la Décennie"

Ben Amor ne reviendra ensuite sur grand écran pour un rôle principal qu'avec Brahim Babai, dans "La Nuit de la Décennie". Film adapté du roman de Mohamed Salah Jabri, "La Nuit de la Décennie" est une oeuvre sociale dans laquelle Ben Amor jouera son rôle avec sobriété et toujours un souci de la composition remarquable. Dans la peau d'un personnage en crise et dans un pays agité de soubresauts, Ben Amor tire son épingle du jeu, comme à chacune de ses apparitions. Ces dernières ne seront pas très nombreuses au cours des quatre dernières décennies durant lesquelles ce comédien tournera avec tous les réalisateurs qui comptent, tout en privilégiant sa carrière théâtrale ainsi que la télévision.

Avec Raouf Ben Amor dans le rôle principal pour son nouveau film, Elyes Baccar ne s'est pas trompé de casting. En effet, le comédien choisi a toujours su donner une profondeur humaine aux personnages qu'il endossait. Mieux, il est toujours parvenu à les projeter dans leur contexte et les rendre crédibles grâce à un jeu subtil, au plus près de la réalité. Cette touche réaliste, on la retrouve très vite dans le personnage de Youssef qui évolue entre enthousiasme et accablement, entre assèchement et lucidité et, surtout, en plein labyrinthe, entre les illusions perdues et le poids d'une vie qui ne fait pas de cadeaux.

Après une trentaine d'années où il tient l'antenne d'une radio, Youssef se prépare pour un départ à la retraite qui ne se passera pas sans heurts, à cause de la conjoncture.

 

Un rôle interprété avec profondeur et subtilité

Confronté à une famille en miettes, tentant de garder sa pondération légendaire et une neutralité devant les événements qui se précipitent, Youssef va connaître une dernière émission mouvementée pour son "Tunis by Night" radiophonique. Il en sortira de nouveau meurtri et perplexe face aux méandres d'une vie. Cette tempête qu'il ressent au plus profond de lui-même va en quelque sorte constituer son dernier combat avec un réel qui mord à pleines dents. Raouf Ben Amor ira au fond des sensations de son personnage et jouera son rôle à la perfection. C'est probablement l'une de ses meilleures interprétations, sinon la meilleure absolue.

Avec ce film, c'est un grand comédien qui est sur l'écran, avec une touche maîtrisée qui lui donne à la fois l'allure d'un Gassman défait mais triomphant dans "Parfum de femme" et celle d'un Jamil Rateb qui n'a jamais dit son dernier mot. En plein dans le propos de Elyes Baccar, Ben Amor module les attitudes, multiplie les variations et donne de la profondeur à son personnage qui finit par porter le film et sublimer le drame qui se noue. Quitte à nous répéter, cette interprétation de Raouf Ben Amor est l'une des meilleures qu'il nous a été donné de voir. Avec brio, ce comédien à la carrière étoffée tire son épingle du jeu et, indéniablement, contribue au succès de ce film. Chapeau!

 

Hatem BOURIAL