Les jeunes, ces zombies pour qui on a peur ! - Le Temps Tunisie
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2018

Manifestation aujourd’hui à Tunis

Les jeunes, ces zombies pour qui on a peur !

Samedi 7 Octobre 2017
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• Près 4 000 migrants en provenance de Tunisie seraient arrivés sur les côtes siciliennes entre août et octobre
Les jeunes, ces zombies pour qui on a peur !

 

Aujourd’hui, samedi, un événement des plus insolites est prévu à Tunis, à l’avenue Habib Bourguiba plus précisément. Vers 16h, des créatures étranges et ensanglantées déambuleront tout le long de l’avenue Habib Bourguiba pour la première «Zombie Walk» de l’histoire du pays. Pour l’organisatrice, cet événement est l’occasion de festoyer, différemment, mais aussi de pointer du doigt les conditions précaires et difficiles de certains jeunes dont beaucoup considèrent, hélas, qu’ils sont des « morts vivants » dans une Tunisie qui aurait, pourtant, tout à miser sur ses jeunes. Sept ans après la révolution du 14 janvier, comment se porte la jeunesse tunisienne ? Quels changements, quelles avancées et quels espoirs pour cette frange de la population sur laquelle repose l’avenir du pays ? Sous l’ancien président Ben Ali, elle servait de vitrine trompe-l’œil à un régime dictatorial qui disait faire des jeunes sa priorité. Qu’en est-il aujourd’hui alors que plusieurs présidents et gouvernements se sont succédés depuis la chute de l’ancien régime ? Au lendemain de la révolution, un vent d’espoir nouveau a soufflé sur le pays et les jeunes y ont cru, s’impliquant fortement en politique, faisant bouger comme jamais la société civile et adhérant à toute initiative qui pourrait faire avancer le pays. Certains, parmi ceux qui vivaient à l’étranger, sont même revenus s’installer en Tunisie. Puis, est venu le temps des déconvenues. La fougue des débuts est retombée. Le cœur n’y était plus. Les jeunes ne voulaient plus faire de la figuration. Sur le marché du travail, ils sont toujours aussi nombreux à être chômeurs. Dans la sphère politique, très peu d’entre eux accédaient aux postes décisionnels. Les jeunes entrepreneurs croulent toujours sous le poids des impôts et des tracasseries administratives. Côté libertés, la loi sur le cannabis, qui faisait basculer la vie de centaines de jeunes chaque année, a certes été abrogée mais qu’en est-il aujourd’hui de la liberté de culte, de la pensée et surtout celle de l’amour ? On savait déjà que la communauté LGBT était traquée, traînée dans la boue et menacée de prison mais on ignorait qu’un baiser échangé entre adultes consentants pouvait également mener en prison. L’histoire du jeune homme franco-algérien et son amoureuse tunisienne, lourdement condamnés et emprisonnés depuis quelques jours, est venue conforter l’idée que la liberté d’aimer n’est décidément pas acquise en Tunisie et que le chemin est encore long pour changer les mentalités. 

Loin de caricaturer la situation actuelle ou de la dramatiser, il est clair que les jeunes sont loin d’être épanouis ou encouragés à aller de l’avant, à quelques exceptions près. Contrairement à d’autres personnes de leur âge, vivant dans des pays qui misent sur la jeunesse et consacrent des budgets conséquents pour son éducation, sa sécurité et son divertissement, ils  étouffent et bon nombre d’entre eux ne pensent plus qu’à partir. Car la première conséquence de ce ras-le-bol est un boom migratoire inquiétant, marquant le retour en force de la « harqa », cette migration irrégulière par voie maritime. Ce phénomène avait connu une nette régression il y a quelques temps avant de refaire parler de nouveau de lui. Le chiffre, avancé par les médias italiens, est alarmant : près 4 000 migrants en provenance de Tunisie seraient arrivés sur les côtes siciliennes entre août et octobre. Il ne s’agit là que de chiffres approximatifs puisque la plupart de ceux qui tentent cette traversée s’évanouissent en pleine nature à leur arrivée ou pire encore, perdent la vie avant de toucher la terre ferme. Cette nouvelle vague d’immigration suscite de vives inquiétudes en Italie et suscite de nombreuses questions : pourquoi maintenant ? Pourquoi les jeunes ont-ils baissé les bras et renoncé à vivre dans leur pays ? Qu’endurent-ils au point d’accepter de s’exposer aux pires des dangers en mer ? Faute de moyens, de stratégies innovantes, modernes et ciblées, de bonne volonté et d’un tas d’autres facteurs, la partie est-elle perdue d’avance ? Et puis concrètement à qui incombe la faute ? Aux jeunes, qui feraient la fine bouche, ou aux autorités qui font la sourde oreille ? 

Rym BENAROUS

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