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2018

Moncef Marzouki à Tataouine

El Kamour sur le point de renaître de ses cendres ?

Mardi 3 Octobre 2017
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El Kamour sur le point de renaître de ses cendres ?

L’ancien président provisoire de la République et actuel président d’Al Irada (Hirak Tounes Al Irada) s’est rendu, dimanche, à Tataouine pour y tenir un meeting populaire sur la place principale de la ville, la Place du peuple.

La veille, le député d’Al Irada et ancien conseillé présidentiel, Imed Daïmi, a déclaré que Moncef Marzouki annoncera, depuis Tataouine, le coup d’envoi de la deuxième révolution. Chose promise, chose due ! Entouré de quelques dizaines de présents, ce dernier a donné le coup d’envoi de la campagne qu’il a baptisée ‘nous ne céderons pas’. Cette initiative aura donc pour ambition de raviver les flammes de la révolution en vue du … pouvoir ! Une envie de récupérer les commandes du pays qui ne cesse de tourmenter l’ancien provisoire depuis l’annonce des résultats du second tour de la Présidentielle de 2014.

En effet, lors de l’annonce en question, Marzouki avait tenu un discours depuis le quartier général de sa campagne électorale annonçant la création d’un nouveau mouvement, ‘Mouvance du peuple citoyen’ (avant que cela ne devienne Al Irada plus tard). Son allocation était chargée et avait fini par provoquer quelques colères ; quelques heures après le discours, des émeutes ont éclaté dans les régions d’El Hamma, de Jomna et du Kram. Il a fallu que l’ancien locataire du palais de Carthage fasse une autre annonce pour que les choses ce calment.

Depuis, l’ancien président provisoire – qui continue de bouder les médias tunisiens en les accusant d’être le premier soutien de la contrerévolution – a enchaîné les apparitions médiatiques, principalement sur la chaîne qatarie Al Jazeera, pour accuser le pouvoir actuel de vouloir réinstaurer l’oppression et la dictature. 

Au niveau national, il continue de ramer pour retrouver son influence pré révolution. A part son équipe qui l’a toujours accompagnée, il n’a pas réussi à convaincre d’autres figures de le rejoindre dans son nouveau mouvement politique. Mieux encore, certains de ses anciens camarades, à l’instar de Samir Ben Amor ou encore d’Abdelwahab Maatar, l’ont carrément contré en refusant la dissolution du CPR au profit d’Al Irada. Quelques temps plus tard, une démission collective du bureau politique d’Al Irada est venue perturber encore plus l’ancien provisoire.

Piégé dans un passé doré, un avenir sombre et un présent lourd, Moncef Marzouki vient de jouer sa dernière carte ; Tataouine, cette ville qui, comme il le dit dans son allocation, représente tout pour lui (dans la mesure où il y a rassemblé le plus grand nombre de voix) verra son dernier chef d’œuvre politique : l’appel à une rébellion dans l’espoir de récupérer son statut d’empereur suprême. Tataouine, qui vient à peine d’achever son fameux sit-in d’El Kamour, serait la ville idéale pour lui de relancer sa machine anarchique. El Kamour et ses acteurs qui ne cherchent qu’à récupérer 20% des gains du pétrole pour les placer dans une caisse régionale indépendante peuvent représenter un atout suprême pour Marzouki qui n’a jamais eu honte de cacher ses tendances visant la séparation de quelques régions du pays ou,  comme il l’a dit lui-même sur l’un de ses posts Facebook, la fédéralisation de la Tunisie.

Bien qu’il n’y ait rassemblé que très peu de personnes dimanche à Tataouine, Marzouki pourrait bien relancer, non pas une nouvelle révolution dans le pays, mais un second sit-in El Kamour. Si cela venait à se concrétiser, les conséquences peuvent devenir encore plus lourdes et causer un réel effondrement de l’Etat.

Salma BOURAOUI