La pré-révolution en point de mire - Le Temps Tunisie
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2018

Cinéma.. “Tunis by night” d’Elyés Baccar

La pré-révolution en point de mire

Mardi 26 Septembre 2017
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La pré-révolution en point de mire

L’événement cinématographique du moment est la sortie sur nos écrans du nouveau long-métrage de fiction : “Tunis by night” du réalisateur tunisien Elyés Baccar. Un film qui ne laisse pas indifférent par la teneur de son sujet et par la manière choisie par le réalisateur pour raconter son histoire. 

 

« Tounès Allail » (Tunis by night) a pour toile de fond les prémisses de la révolution tunisienne avec l’histoire d’une famille pas du tout à son aise et dont la situation critique est comparable à celle d’un pays au seuil de l’éclatement. Ce film se démarque, tout d’abord, par ses nombreuses scènes d’intérieur avec : maisons, café, bar, cabaret, studio radiophonique et couloir de la radio, chambre d’hôpital ou de clinique, on n’en sait pas trop, mosquée, cathédrale et intérieur d’une voiture. Elyes Baccar cherche-t-il à pénétrer les âmes des êtres et des choses ? A travers son regard qui questionne l’ici et le maintenant. De plus, il filme des atmosphères sombres et tristes, à l’image des situations peu enviables que traversent les principaux  personnages. Le parallélisme demeure entre le microcosme de la famille et le macrocosme de la société, voire du pays. Le conflit de génération et l’absence d’affection chez un père envers sa fille, rôle tenu correctement par Amira Chebli y est fortement évoqué. La révolution familiale éclate en sang et la fille,  qui mène une vie libre, à l’opposé de sa mère, rôle tenu par Amel Hedhili et qui lui va à merveille et de son frère, dont le rôle est joué par Helmi Dridi qui s’attache au culte musulman, comme sa mère, frôle la mort en tentant de se suicider.

A chacun sa révolution

C’est la jeunesse qui a dit non au « père », comme dans la Tunisie prérévolutionnaire. Mais cela n’empêchera pas le père Youssef Ben Younès, rôle joué admirablement et avec beaucoup de finesse par Raouf Ben Amor de ne pas dire non aux gens du pouvoir. Producteur d’une émission radiophonique nocturne intitulée : « Tunis by night », il ne va pas se conformer aux instructions « venues d’en haut » au dernier épisode de son émission qui va clore, ce soir-là, ses vingt cinq ans d’existence. Il s’adressera à ses fidèles auditeurs et indirectement aux politiques à travers un texte fort et révolutionnaire. Un réquisitoire contre les tyrans et un plaidoyer en direction du peuple. Il sera coupé d’antenne et questionné ensuite par les flics. Une fin en queue de poisson pour un programme qui a eu une grande longévité. Et si les scènes d’intérieur sont multiples et différentes, celles en extérieur ne concernent que la rue. Des rues vides et la grande avenue de Tunis déserte elle aussi. C’est le silence intérieur et extérieur. Le temps du repos et de la méditation pour le personnage principal qui ira se reposer à l’intérieur de la cathédrale de Tunis. Un clin d’œil du réalisateur et auteur du scénario à un lieu interdit et très peu filmé officiellement. Et en ce lieu, le parallélisme revient entre la mosquée et l’église, entre la croyance en un seul Dieu à travers l’une ou l’autre des religions monothéistes.

Lotfi BEN KHELIFA