Politique d'austérité, dites-vous ? - Le Temps Tunisie
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Politique d'austérité, dites-vous ?

Jeudi 3 Août 2017
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Le contenu des slogans scandés par les manifestants  en décembre 2010  dénonçant  la hausse du chômage, la misère dans laquelle vivote la majorité des Tunisiens notamment à  l’intérieur du pays , nous laisse dire sans risque de nous tromper que  la  cause  principale de la chute de l'ancien régime  est  d'ordre économique.  Depuis  le déclenchement de l'étincelle de la  révolution  jusqu'à  nos jours , le peuple Tunisien continue  ainsi  à  refuser  de vivre  comme auparavant.

 Le droit au travail et l'amélioration  des conditions de vie essentiellement dans les  régions défavorisées de l'intérieur sont largement revendiqués. Il en ressort donc  la nécessité d' accorder une importante très particulière aux  investissements  publics gigantesques en infrastructures  en constructions d'hôpitaux, d'écoles et d' autoroutes  que les économistes croient indispensables  pour faire face à la montée du chômage et au déséquilibre régional . Il va donc de soi que les  contestations  sociales entachées souvent  d' émeutes  et la forte  pression  sur les gouvernements qui se sont succédé   à  la révolution  tournent autour de deux grands axes  de la politique économique  à  savoir la croissance et le Plein emploi ..

L'Etat se trouve donc face à une situation confuse et critique pour  sortir  du trou noir.

Comment un Etat dont l' économie  est fragilisée par la corruption, par un marché  parallèle nuisible qui ne cesse de prendre de l'ampleur, par une récession économique  d' un partenaire qui ne s'est pas encore rétabli de ses séquelles de la crise de  2008 ,par un désordre d 'un pays voisin qui nous offrait des débouchés variés et par une réapparition d'un courant conservateur allergique à  toute  innovation et fidèle à un passé douloureux  parviendrait-il à surmonter ces problèmes, franchir ces obstacles et relever ces défis avec rigueur et détermination?  

Quelle politique économique adopter pour assurer une croissance saine sans perturbations des équilibres macro économiques? 

La théorie économique nous a enseignés  que pour grandir et grossir il faut investir et   agir. L'Etat doit mettre tous ses moyens  au service de la nation, il est vrai que les libéraux  stipulent que ce n'est pas le rôle de  l'Etat de créer des emplois et de générer l'activité économique et que c'est  au secteur privé de s'en charger. Or, faudrait -il être logique et réaliste , Un opérateur privé  n' est pas si naïf pour venir s 'installer  dans des lieux  où l’infrastructure routière laisse à désirer où il n 'y a pas de téléphone et où l' internet n 'est pas fonctionnel. Il faut qu'il ait les conditions nécessaires pour  maximiser son profit  et subvenir aux besoins de ces régions 

" le capital est couard " a dit un jour Hamadi Jebali ancien chef du gouvernement. Compte tenu de ce qui précède et vu les ressources limitées dont souffre notre pays.

Ce dernier s'est vu dans l’obligation de s'endetter pour croître  en s'appuyant sur la politique budgétaire pour assurer la relance qui s'est traduite par des augmentations salariales  sans pour autant augmenter les impôts et par une politique monétaire jugée expansionniste. Cette politique économique d'inspiration keynésienne qui incite à  la demande pour sortir de la crise a suscité le mécontentement de plusieurs observateurs et a relancé leurs inquiétudes "l'Etat ne doit pas dépenser plus qu'il n'en reçoit " ont-ils remarqué. Ils dénoncent également la progression du taux d'endettement et le déficit public  jugé excessif étant donné que les budgets ne sont plus à  l'équilibre. Certains sont allés même  jusqu’à préconiser un gel  des salaires.

Toutefois, économistes experts et citoyens sommes nous dans la légitimité de nous interroger sur l’efficacité de cette politique d’austérité proposée  par ses observateurs qui cherchent à réduire les coûts et les dépenses publiques .?

Or il s'avère que cette politique ne va pas de pair avec les attentes des citoyens qui ne veulent pas être  trahis par la révolution et qui veulent  goûter aux fruits de leur  révolution. Q'allons-nous leur dire si on opte pour une politique de rigueur?  

Il est vrai que l’endettement est une solution à court terme il est vrai  également que plus les intérêts de la dette augmentent plus le problème devient préoccupant.

" L’endettement est la solution de ceux qui n'ont pas de solutions " a  déclaré  Mondher Lallah docteur en économie lors du symposium débat organisé par l'  Association Idées et Études  IDET le 1er  juillet 2017 à la maison de l' entreprise 

Seulement , nous pourrons dire ou plutôt souffler à ces observateurs trop conservateurs que le protectionnisme a montré ses limites depuis longtemps  qui sont beaucoup plus graves  que celles du libéralisme . Nul ne peut nier le rôle joué par l Etat tunisien durant les années 60. Actuellement, l’heure est à la  libéralisation et à la conception des mécanismes  du marché en dépit  de certaines anomalies et incohérences, Seul moyen susceptible de mettre fin à la marginalisation et  capable de  réduire l’écart entre le nord et le sud entre l’est et l'ouest entre la ville et la compagne.  L'Etat doit se contenter d'être un régulateur. Il est vrai que les origines de la crise sont d’ordre économique,  comme il a été précédé,   toutefois,  nul ne peut dissocier l’économique  du social et du politique.

Mondher MAAMER

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