Violences faites aux femmes.. Esprit de la loi et réalité sociale - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 20 Juin 2018

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Chronique juridique

Violences faites aux femmes.. Esprit de la loi et réalité sociale

Mercredi 26 Juillet 2017
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Selon une récente étude, 50% des femmes tunisiennes sont victimes au moins une fois,   d’une  forme de violence. C’est ce qu’a déclaré la députée Bochra Belaj Hmida aux médias. Certes, cette proportion  qui représente la moitié des femmes tunisiennes, prête à réfléchir et  laisse croire, quand bien même on tienne compte de la marge d’erreur qui existe irrémédiablement dans tout calcul, si précis soit-il.
C’est qu’il n’y a pas une forme définie de violence à l’encontre des femmes, celle-ci pouvant être d’ordre physique ou psychique, si bien qu’on ne peut endiguer le flot que par une prise de conscience collective de la difficulté à résoudre ce problème qui se présente sous différents aspects en fonction de la conjoncture que vit la femme dans la société, que ce soit en dehors ou au sein de la cellule familiale.
La violence à l’encontre de la femme ne date pas d’aujourd’hui et n’est pas un phénomène propre  à la Tunisie.
Selon une récente  étude  de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)  « la violence à l’encontre des femmes est un problème mondial de santé publique d’ampleur épidémique    et    les systèmes de santé du monde peuvent et doivent en faire plus pour les femmes victimes de violences».
Durant l’ancien régime  et à un moment donné où la dictature était à son paroxysme,   la  femme servait  de prétexte  à détourner l’opinion publique, car la prise de conscience des femmes datent de Tahar Haddad , de concert avec toutes  celles qui ont contribué à la lutte contre toutes les formes d’injustices et d’exactions aux côtés de l’homme.
En fait, la condition féminine  était tributaire de l’imaginaire populaire et  de tout un ensemble de croyances  et mentalités figées qui ont donné naissance à plusieurs formes de violence d’ordre physique ou psychique.
La bigamie constituait en elle-même une forme de violence morale à l’encontre de l’épouse qui était obligée d’acquiescer ou demander le divorce sans aucune autre forme de procès  ni  réparation  du préjudice qu’elle subit de  part l’attitude d’un époux impulsif.
La femme subissait une violence d’ordre psychique par l’ascendant   qu’avait le mari sur elle.
Quant aux violences physiques, elles persistent encore de nos jours  qu’il  s’agisse des femmes battues ou violées.
Le projet  de loi sur la lutte contre la violence à  l’encontre des femmes a été débattu dernièrement  au sein de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et les députés ont adopté un certain nombre d'articles jusqu'à l'amendement de l'article 227 bis du code pénal qui a obtenu l'aval de 113 députés. C’est l’article qui  sert d’échappatoire au  violeur en recourant au mariage de sa victime.
Cet article en lui-même est une sorte de violence d’ordre morale à l’encontre de la femme mineure non seulement  violée, mais soumise de surcroît à un marchandage, de nature à la dévaloriser, et la mettant devant le fait accomplie, en acceptant (elle ou son tuteur) de se marier avec celui-là même qui a abusé d’elle pour étouffer le scandale. Cet article est pire que la violence physique, et la plupart des députés ont été d’accord pour  procéder à sa réforme, de manière à mieux défendre et préserver la dignité  de la  victime.
Il reste d’autres formes de violence qui  subies  quotidiennes par les femmes de manière indirecte et que le législateur ne peut prévoir dans leur totalité,  car elles dépendent des différents comportements  tributaires des mentalités  rétrogrades qui sont  à changer, pour la réalisation de l’égalité   et de la dignité humaine.

Ahmed NEMLAGHI