Youssef Chahed le grand gagnant - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 17 Août 2018

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Aug.
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2018

Lutte contre la corruption et dividendes politiques

Youssef Chahed le grand gagnant

Vendredi 23 Juin 2017
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Youssef Chahed le grand gagnant

L’été dernier a été rythmé par l’initiative du président de la République (2 juin 2016) qui a appelé à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Les trois mois estivaux ont été dédiés aux négociations de Carthage et à la finalisation de son pacte. Une année plus tard, nous sommes loin d’avoir une saison estivale tranquille puisque, quelques jours avant qu’elle ne soit officielle, elle a été marquée par le déclenchement de ce que l’on appelle la guerre contre la corruption.

Ayant débuté avec « un grand gibier », en l’occurrence Chafik Jarraya, cette guerre fait rage surtout avec la nouvelle arrestation en date de l’animateur et producteur Samir El Ouefi. Précédée par un coup de balai au corps douanier (où 21 agents ont été mis à l’écart alors que 35 devraient passer par le Conseil d’honneur), cette arrestation  a été suivie par la convocation du président du bloc parlementaire du mouvement de Nidaa Tounes, Sofiene Toubel, et deux de ses collègues, Ibtissem Jbebli et Mongi Harbaoui. Le bilan total des mois de mai et de juin est donc très positif et il est clair que le président du gouvernement, Youssef Chahed, en est le grand gagnant.

Le capital sympathie de Chahed commence en effet à devenir important et même s’il persiste à dire qu’il ne pense nullement à son avenir politique, nous savons pertinemment qu’un politicien est fait pour avoir des objectifs liés, toujours, au pouvoir. Entouré d’adversaires de renommée – on citera, entre autres, Mohsen Marzouk ou encore Mehdi Jomaâ – Youssef Chahed, contrairement à ses rivaux, ne dispose pas de machine partisane sur laquelle il peut compter en 2019 : issu du mouvement de Nidaa Tounes – où il a tenu le mauvais rôle en 2015 en présidant la fameuse commission des treize qui n’a fait qu’empirer la situation – Youssef Chahed assiste au démantèlement de ce mouvement dont il ne restera probablement plus rien d’ici quelques mois. Les autres partis dans lesquels il a fait quelques expériences (Al Jomhouri et le Pôle démocratique progressiste) n’ont rien à envier à Nidaa Tounes puisqu’ils peinent eux aussi à survivre et ne pourront lui être d’aucune aide.

Face à ce blocage sur la scène partisane, le concerné pourrait peut-être regarder du côté de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) où un bloc bien particulier pourrait lui être intéressant. Il s’agit du tout récent bloc national formé des dissidents de Nidaa Tounes et d’Al Horra du Mouvement projet pour la Tunisie. Présidé par Mustapha Ben Ahmed et renforcé récemment par l’arrivée de la députée Sabrine Goubantini, ce bloc affiche aisément son soutien inconditionnel au gouvernement Chahed et vient d’ailleurs tout récemment de le rencontrer au palais de la Kasbah. Ce bloc représente peut-être le plus solide soutien au gouvernement au sein du Parlement mais cela suffit-il parce que, qu’on le veuille ou pas, il est formé par des députés dont l’image est liée aux tristes épisodes de Nidaa Tounes. En même temps, Youssef Chahed ne peut pas risquer de jouer un scénario à la ‘Macron’ vu que ces deux principaux rivaux disposent de partis politiques qui commencent à bien se structurer. 

Dans tous les cas de figure, il est clair que l’actuel président du gouvernement sera parmi les figures phares des prochaines élections de 2019 sauf si tout ce qui a été fait jusqu’ici tombe et lui cause un arrêt politique net.

Salma BOURAOUI